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Colloque<br />
Les villes laboratoires<br />
du design
Dans le cadre des XXIIe Entretiens Jacques Cartier
30 novembre et 1er décembre 2009 à la Cité du design

Les villes sont actuellement confrontées à de nombreux défis. À la conjoncture des enjeux planétaires liés à la mondialisation et aux crises environnementales, mais également à des enjeux d’attractivité et de concurrence entre elles, les villes cherchent à se développer par différentes stratégies dont participe activement le design en tant qu’agent de transformation du cadre de vie. Elles sont également
devenues des lieux recherchés pour leur caractère singulier et leur
identité, pour la qualité des paysages urbains tout comme pour
l’effervescence de leur culture. Malgré une diversité dans les
approches, le design (architecture, architecture de paysage et design
industriel) est aujourd’hui un levier du développement urbain tant aux
plans social, environnemental qu’économique. Toutes les villes sont
ainsi confrontées aux questions suivantes : Comment le design s’inscrit
dans le développement stratégique des territoires ? Quelles mesures,
actions et projets sont mis en place face aux enjeux actuels et quels
sont leurs effets de levier sur le développement des villes et plus
largement des régions ? Comment entrevoir le rôle central du design
face au devenir des villes ?


Organisation :
Cité du design, Saint-Étienne ; Ville de Saint-Étienne ; Saint-Étienne Métropole ; Ville de Montréal ; Université de Montréal

Comité scientifique:
Marie-Haude Caraës, Directrice de la recherche, Cité du design
Josyane Franc, Manager Relations Internationales, Cité du design & École supérieure d’art et design de Saint-Étienne
Elsa Francès, Directrice Générale,Cité du design,
Caroline Gagnon, PhD. Chercheure, Chaire en paysage et environnement,
Université de Montréal Marie-Josée Lacroix, Directrice,
Bureau Design Montréal, Ville de Montréal
Agnès Perez, Directrice marketing,Établissement Public d’Aménagement de Saint-Étienne (EPASE)
Philippe Poullaouec-Gonidec,Titulaire, Chaire UNESCO en paysage et environnement, Université de Montréal.

Les 22èmes entretiens Jacques Cartier. Colloque : Villes laboratoire du Design

Synthèse

A l’heure de la mondialisation, des crises environnementale et économique, et alors que la population planétaire majoritairement urbaine, de plus en plus de villes se tournent vers le design pour les aider à  trouver des solutions à des problématiques de développement durable, un développement environnemental, économique, social, culturel…

Le design, démarche globale…
Le design n’est pas une simple recherche de forme, ainsi qu'il est trop souvent perçu. Il s'agit d'une démarche globale, intégrée, qui se réfère non seulement à un dessin, mais aussi à un dessein, une intention, deux notions que l’on retrouve dans le sens anglais du mot.
Le design, en tant que processus de réflexion sur la fonction et la forme, entre l’unité et le global, touche à tous les domaines.

En accord avec cette approche globale et la recherche d’une harmonie, d’un mieux-être, d’un développement durable, le design a une exigence de qualité et n'est pas en lui-même finalité, mais moyen. Son objet ? L’humain.

…et agent de transformation et d'intégration des villes
Agent de transformation, le design a comme objectif de contribuer à un développement durable et au bien-être des citoyens.

A la différence de la plupart des autres approches, il va s’attacher fortement au contexte dans lequel il sera mis en œuvre. Le designer ne cherche pas à écraser l'ancien pour le remplacer par du nouveau, ou à se focaliser sur un objet sans tenir compte de ce qui l’entoure, mais il va s'appuyer sur l'environnement, l’histoire, les utilisations des lieux et objets. Ceci est d'autant plus vrai dans les villes, qui réunissent une multiplicité d’éléments à prendre en compte : architecture, infrastructures de transport, économie, mais aussi histoire, culture, habitants,…

Nous ne sommes pas seulement dans une démarche de création, mais plutôt de « re design », car il s'agit de percevoir, d'extraire et d’exploiter la spécificité d’un lieu pour créer quelque chose qui en soit le prolongement, une évolution et non une rupture.

Un processus participatif
Au centre de cette démarche se trouve donc la prise en compte d’un existant, d'une situation. Mais aussi l'intérêt, essentiel, porté à tous les acteurs impliqués dans cet environnement et son évolution : élus, experts, entrepreneurs et citoyens.

Les enjeux doivent être compris par tous, affinés et, surtout, il est nécessaire que les tous les acteurs se les approprient. En pratique, cela implique de sensibiliser, communiquer, intégrer, mais aussi fédérer afin de pouvoir agir ensemble, avec un but commun.

Le rôle clé de la médiation
Mais l’intégration de différents acteurs, de différents milieux et/ou domaines d’expertise pose un problème potentiel de communication entre des individus qui n’ont pas le même langage, les mêmes enjeux ou encore la même vision des choses. Il est donc essentiel de trouver des médiateurs qui pourront faire le lien entre les différents acteurs et les aider à se diriger vers un but commun.

L’engagement public

Facteur clé de la mise en place d’un processus de design urbain (qui consiste à requalifier l’espace public), l'engagement public peut se révéler problématique, notamment car le mandat des élus est limité dans le temps. Que ceux-ci soient déjà promoteurs d’une vision intégrant le design ou qu’on arrive à les convaincre de ses bénéfices, il est crucial d'intégrer le design urbain, son fonctionnement et ses enjeux, à la sphère publique de telle manière qu’il puisse perdurer malgré les changements d'administrations.

Et ce ne sont pas seulement les villes, mais aussi dans leur lignée certaines régions qui se réapproprient le design comme outil de développement, vecteur d'innovation. Une position intéressante en termes de stratégie de développement et animation de la politique régionale.

On pourra noter que si villes et régions s’engagent sur le sujet du design, l’initiative ne vient pas obligatoirement d’elles et fait parfois suite à une demande des acteurs présents dans les espaces urbains (associations, entreprises, écoles, etc.), comme cela a été le cas dans les Pays de la Loire.

Imaginer et réaliser la ville du 21ème siècle : trois lignes d’action

Les grandes lignes d’actions mises en place par les villes pionnières du design ont été présentées dans trois Cahiers de bonnes pratiques en design publiés par la ville de Montréal : Imaginer, réaliser ville du 21ème siècle. Il s’agit de :
-    la création de plateformes d’innovation en design pour accélérer les changements ;
-    l’importance apportée à la communication afin de favoriser le développement de visions partagées ;
-    l’utilisation de processus de design (panels, ateliers, concours) permettant d’améliorer la qualité des projets tout en favorisant une plus large participation de la population à la transformation de leur milieu de vie.

Pourquoi des villes laboratoires ?
Dans un contexte de nouveaux enjeux planétaires (mondialisation, crise environnementale et économique...) les villes doivent trouver des solutions adaptées, à la fois à ces enjeux et à leurs propres spécificités et leurs problématiques de développement. Ces solutions sont et seront, de fait, innovantes car elles appliquent une méthode jusqu’ici relativement peu utilisée, avec un objectif durable d'un mieux-vivre ensemble. Elles sont, aussi, expérimentales et pourront servir, comme elles le font déjà, si ce n'est dans le résultat, au moins dans la méthode et les actions.
Les villes sont donc effectivement des laboratoires de recherche et de développement des solutions d’aujourd’hui et de demain, et un de leur but est de comprendre et anticiper les nouveaux modes de vie.

Design urbain : quelques exemples d’actions
Le Mayor’s Institute on City Design (Washington, USA) organise des rencontres entre des maires et des experts de différents domaines que l’on peut lier au design urbain. Le but de ces rencontres est de sensibiliser les maires à une approche des problèmes qui prend en compte le design urbain. A ce jour, 800 maires ont pu profiter de ces rencontres.

A Palma de Majorque (Espagne), la Design for All Fondation a développé un programme incitatif pour promouvoir le développement des villes, en remettant une distinction aux villes valorisant les bonnes pratiques urbaines, notamment sur le thème de l’accessibilité, avec une optique pérenne.

A Portland (États-Unis) depuis les années, la ville doit se développer alors que sa croissance est limitée par une « frontière de croissance urbaine ». Le nombre important d'associations et d’organisations de quartier a contribué à l’intégration du design dans une planification urbaine complexe.

Dans la région de la Rhur, l’International Buidling Exhibition (IBA) Emscher Park a participé à la réhabilitation de cette ancienne région industrielle grâce au design. Entre 1989 et 1999, une centaine de projets ont été mis en œuvre dans 19 villes et municipalités. L’IBA a continué sur la voie de la réhabilitation et, s’il reste encore du travail à accomplir, les résultats obtenus ont dépassé ses espérances.

Montréal (Québec) a été désignée ville UNESCO du Design en 2006. Elle possède une structure dédiée au design depuis 1991, qui a été à l’origine du concours CommerceDesign, qui récompense des commerçants pour la qualité du design de leurs boutiques. Ce concours a connu un tel succès qu’il est maintenant décliné dans sept autres villes, dont Saint-Étienne. La ville organise aussi des soirées labellisées Pecha Kucha, qui permettent aux élus d’expliquer leur vision du développement de leur quartier, arrondissement ou ville, à l’aide de présentations de 20 diapositives, chacune projetée pendant 20 secondes.

Toronto (Canada) a fusionné il y a une dizaine d’année avec des municipalités environnantes pour devenir une métropole étendue. Elle se sert du design comme catalyseur de son développement, notamment en commençant un travail d'embellissement et refonte des rues, jugé essentiel pour améliorer l’espace urbain.

Séoul (Corée), qui a récemment assaini la rivière Han est actuellement Capitale Mondiale du design 2010 et tente de repenser la ville en profondeur, tout en prenant soin de conserver ses spécificités. Le titre de Capitale Mondiale du design 2012 est brigué par Eindhoven (Pays-Bas), qui a fait du design un de ses grands principes organisationnels.

A Copenhague (Danemark), Copenhagen X est une exposition urbaine internationale, qui veut valoriser la ville en mettant en avant ses capacités au débat et la participation populaire. Les citoyens sont donc régulièrement interpellés et amenés à s'exprimer, à être force de proposition sur des projets et on leur donne la possibilité de s’exprimer avec la ville comme « terrain de jeu ».

Et n’oublions pas Saint-Étienne, bien sûr, qui, entre autres, organise depuis 10 ans une Biennale Internationale Design et possède depuis 2005 la Cité du Design !

Clément Boully

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