The English site is not finished. Would you like to visit in your own language ? X
Retour à la liste
RechercheSmart Grids2016 / Ministère de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement Direction Générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature – Plan Urbanisme Construction Architecture Titulaire

Amorce

La recherche sur les smart grids, territoires et habitants, l'interaction entre la visibilité des usages et l'efficacité énergétique a permis d'élaborer un cahier de vingt et une idées présentant des scénarios innovants en adéquation avec les usages observés dans les foyers en expérimentation, suite à l'analyse des représentations. L'équipe de recherche de la Cité du design a développé une partie de ces pistes pour les amener à un stade théorique, volontairement non formalisé pour permettre la réappropriati

Contexte et postulat

Demande croissante, transition énergétique, libéralisation du marché de l'énergie. De toute part, le modèle énergétique du XXe siècle semble aujourd'hui se fissurer sous l'impulsion de dynamiques nouvelles. Ceci est particulièrement vrai en France où EDF règne en maître sur le paysage énergétique - en grande partie grâce à la production d'électricité nucléaire - depuis le sortir de la seconde guerre mondiale. L'ensemble de ces impératifs exige une solution-miracle, qui est dans la bouche de tous les acteurs du marché de l'énergie : le smart grid ! Le smart grid, ou réseau intelligent, c'est l'introduction des technologies de l'information et de la communication dans le fonctionnement du réseau électrique. Une solution qui devrait permettre tout à la fois de diminuer et lisser la consommation des ménages, permettre l'intégration des énergies renouvelables au mix énergétique, ou encore mieux anticiper la demande grâce aux informations récoltées en temps réel sur l'état du réseau.


Cette étude se consacrer à faire une analyse critique des représentations visuelles et des discours attachés à cette mutation. Opérateurs nationaux, startup, ou simple citoyens engagés à leur échelle pour la transition énergétique : nous sommes allés à la rencontre des acteurs de cette transformation pour comprendre ce qui se cache derrière le terme de réseau intelligent que tous appellent de leurs voeux. Et nous en sommes sortis forts d'un constat : l'univers des smart grids recouvre une grande diversité de visions due tant à la complexité de ce qu'il s'agit de représenter qu'aux différentes conceptions de ce que peut être un réseau intelligent.

Une première partie de notre étude nous a conduit à déconstruire le discours dominant, sorte de « technoptimisme » libéral. Celui-ci postule, sur le modèle de l'homo oeconomicus, que l'accès de l'individu à plus d'informations sur sa consommation grâce aux dispositifs physiques et numériques déployés par les acteurs du smart grid, doit le conduire à réguler et maximiser son rapport à l'énergie. Ce solutionnisme technologique fait l'impasse sur les conclusions des sociologues, à savoir que le rapport d'un utilisateur à l'énergie n'est pas le même que celui qu'il entretien avec d'autres formes de consommation. Il découle d'une vision libérale de la société dont le terme smart est aujourd'hui l'étendard, au-delà du domaine de l'énergie.

Ces intuitions ont été corroborées par les entretiens que nous avons réussis à mener avec les usagers de trois sites d'expérimentations smart grids en cours en France. En effet, nombre d'entre eux ne comprennent pas l'intérêt des technologies mises à leur disposition, voire les vivent comme une intrusion dans leur vie quotidienne. Ce paradoxe pose les questions suivantes : comment éduquer l'usager afin qu'il s'approprie les nouveaux dispositifs et qu'il « joue le jeu » du smart grid (compteurs intelligents, tablettes) ? Par qui et pour qui ces technologies ont-elles été imaginées ? Car, si le consommateur est fréquemment présenté comme le grand gagnant du déploiement du smart grid, force est de constater que les enjeux et les bénéfices réels restent bien du côté des opérateurs. Cette tension entre le déploiement de solutions techniques miracles et la réalité des consommations individuelle traverse le débat sur la collecte et l'utilisation de données rendue possible par le déploiement du smart grid. Ainsi Linky, futur compteur intelligent qu'ERDF va déployer dans chacun des foyers français, pour un coût très important et un bénéfice contesté pour le consommateur, mais qui générera une manne de données précieuses pour les grands opérateurs.

À côté de ce travail de déconstruction des discours dominants sur la ville de demain et l'avenir du système énergétique, cette étude liste également un ensemble d'initiatives citoyennes visant à changer notre rapport à l'énergie. Qu'il s'agisse d'impliquer le citoyen dans le contrôle et la mesure de sa consommation ou de faciliter la production d'énergie locale et son stockage, de nombreuses solutions et infrastructures alternatives voient le jour sur les territoires. Sans tomber dans l'opposition binaire entre les méchantes grandes entreprises et les gentils citoyens, l'étude de ces initiatives permet de penser un smart grid plus démocratique et plus proche des intérêts et besoins des usagers. Ce travail permet, en dernière partie, de proposer plusieurs axes de travail en design afin de repenser et enrichir les conceptions du smart grid. D'abord, de nouvelles représentations pour faciliter la compréhension et l'implication citoyenne dans le secteur mutant de l'énergie. Celles-ci pourraient, en plus de l'information affichée, faire appel aux sens pour matérialiser l'énergie, c'est la « sensualité énergétique ». Au-delà, c'est une médiation sociale et une socialisation des techniques qu'il faut faire appel, sans quoi il n'y aura « pas de smart cities sans smart habitants ». Car c'est bien à la construction d'une « démocratie énergétique » impliquant les habitants et utilisateurs sur leurs choix et les modes de production énergétiques qu'il faut aboutir pour que le « réseau intelligent » ne soit pas une coquille vide mais un projet technologique et social visant le bien commun.

Étapes de la recherche

La méthodologie de recherche développée par la Cité du design est en constante interaction entre théorie et conception.

État de l’art des techniques numériques

(Sous la direction de Marie-Haude Caraës)
L'état de l'art se propose de recenser, de décrire, de classer, à l'échelle nationale et internationale, les projets sur la question des usages de l'interface énergétique produits par les disciplines créatives et précisément le design. Ce travail, réactualisé tout au long de la recherche, est synthétisé dans cette présentation.

Étude des pratiques et besoins des usagers

L'enquête, menée par deux binômes ethnologue/sociologue et designer/architecte, étudient à partir des usages, les professionnels et les usages des nouveaux dispositifs d'information de l'énergie.

Analyser. L'étude du corpus
Les données recueillies permettent d'appréhender les usages de l'habitant sur son lieu de vie et les points de vue des professionnels. L'ensemble des enquêtes fait l'objet d'une analyse croisée, restituée par écrit et sous forme de cartographies avec comme objectif de faire émerger les potentialités d'innovations.
Les représentations des smart grids à partir d'un corpus d'image des représentations professionnelles et amateurs, une analyse design est réalisée.

Laboratoire de conception

Au final, à partir des résultats de l'analyse, le laboratoire de conception imagine et propose des objets, services, équipements innovants qui remettent en adéquation l'usage et le progrès technique et participent à la réduction de la précarité énergétique.


Construction des dispositifs informatiques (matériels et logiciels) : Site internet : smart grids cité du design

Équipe de recherche

Direction de la recherche :
- Olivier Peyricot, directeur de la recherche, Cité du design

Encadrement du programme :
- Nicolas Roesch, chargé de mission, Cité du design
coordination de la recherche
- Emilie Chabert, coordinatrice de la recherche, Cité du design

Collaborateurs :

-Yumiko Ohara, designer
- Magalie Rastello, designer
- Cédric Carles, designer
- Thomas Ortiz, ingénieur
- Côme Bastin, journaliste chargé de la rédaction
- Laurence Combe d'Inguimbert, urbaniste chargée d'enquête

Supports techniques :
- Thomas Duquet, graphiste 2D & 3D
- Sylvia Fredriksson, graphiste designer
- Romain Knezevic, web master
- Hehe, groupe d'artiste