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Digital Tools for Creative Collaboration

Quels outils numériques pour enseigner l’art et le design en temps post-covid ?

par Maria Moreira

English version

À l’heure où l’Europe se déconfine, où la campagne de vaccination nous redonne de l’optimisme quant au futur de nos vies et notre activité professionnelle, l’Esadse accompagnée de l’Académie d’art d’Estonie, EKA et la Hochschule für Gestaltung Schwäbisch-Gmünd, ses partenaires internationaux, analysent l’expérience d’un an et demi qui viennent de s’écouler et réfléchissent sur comment réinventer l’enseignement en art et en design en temps post-covid. En réponse à ces questionnements est née le projet Digital Tools for Creative Collaboration (Outils numériques pour la collaboration créative), soutenu par le Programme Erasmus+ de la Commission européenne.

La crise qui donne naissance au projet

Les établissements d’enseignement supérieur ont été extrêmement réactifs face aux conditions imposées par la crise sanitaire. Ils ont su, tant bien que mal, organiser à la fois l’enseignement et les procédures administratives à distance. À l’Esadse, les cours, les rendus, le concours ont migré dans l’espace numérique. On écrit dans le rapport d’activité que « l’engagement a été exemplaire ». 

Ainsi, nous avons réussi ce pari de continuer, de rester « ouverts », mais… à quel prix ? La transition s’est faite en éclair, dans l’urgence de la situation nous avons utilisé les outils numériques disponibles, nous formant au fur et à mesure, souvent en dehors de temps de travail, sans mener une réflexion en profondeur sur l’origine de ces logiciels, Webapp, applications… En septembre 2021, nous vivions le retour à « la normale », nous avons commencé à nous interroger sur cette expérience vécue par tous, sans savoir qu’elle était encore loin d’être finie. 

Premier constat : on ne pouvait pas encore mesurer l’ampleur de l’impact de ce qui s’était passé. Mais nous partagions le sentiment que l’enseignement a changé, que nous ne pouvions pas reprendre comme si la crise n’avait pas existé, – tant de questions elle a soulevé. 

Deuxième constat : les outils que nous avons utilisés ont, certes, permis de continuer le semestre, de rester en contact, mais n’ont pas été adaptés à l’enseignement artistique.

© Erasmus Programme

C’est à ce moment que nous avions reçu l’appel exceptionnel du programme Erasmus+ visant à chercher des réponses aux défis lancés par la crise sanitaire et les périodes de confinement. Il était organisé en deux volets thématiques :
– « Se préparer à l’éducation numérique », afin de renforcer les systèmes d’éducation et de formation pour faire face aux défis présentés par la transition soudaine à l’apprentissage en ligne et à distance liée à la crise du Covid-19.
– « Partenariats pour la créativité »afin de soutenir les secteurs culturel et créatif, particulièrement impactés par la crise sanitaire. 

L’équipe du Random (lab), accompagnée de l’équipe des relations internationales, décide alors de construire un projet européen pour travailler pendant deux ans sur la question des outils numériques pour collaboration en art et design.

Le projet

Le projet Digital Tools for Creative Collaboration est mis en place par le Random (Lab) de l’Esadse avec ses partenaires l’Académie estonienne des arts, Haute école de design de Schwäbisch-Gmünd et le Bureau européen des associations de design (the Bureau of European Design Associations : Beda). 

Le projet se déroule entre mai 2021 et mai 2023. Il vise à explorer la collaboration créative à distance, ses besoins et ses pièges, afin de
– doter les étudiants, les enseignants et le personnel des établissements d’enseignement supérieur d’art et de design des compétences et des outils nécessaires, créant ainsi des conditions de coopération créative numérique
– par l’approche critique, sensibiliser les publics visés aux défis du traitement des données, y compris la sécurité des données et les menaces écologiques.
 
Afin d’atteindre ces objectifs, le consortium prévoit de :
– Mener une recherche exploratoire sur les pratiques numériques au sein des établissements d’enseignement supérieur en art et en design
– Développer et tester une série de prototypes de logiciels collaboratifs basés sur le web pour le secteur créatif
– Produire la publication « Nouvelles réalités pédagogiques en ligne et hors ligne dans le domaine de l’art et du design »
– Créer un Toolkit – Plateforme en ligne et exposition
 
Trois workshops intensifs internationaux, étapes importantes du projet, seront organisés afin d’impliquer tous les participants intéressés dans la coopération sur le projet.
 
Plusieurs évènements mettront en lumière les résultats des projets et permettront de toucher un public plus large, notamment :
– une conférence et une exposition pendant la Biennale Internationale Design Saint-Étienne ;
– le séminaire IxDA à Tallinn ;
– la Internationale Seminar woche (ISW) à Schwäbisch-Gmünd.
 
En conséquence, le projet offrirait la possibilité d’améliorer sensiblement la qualité de l’enseignement et de créer de nouvelles approches pédagogiques dans le contexte de l’art et du design. En outre, l’exploration d’une meilleure collaboration créative à distance pourrait ouvrir la voie à une coopération plus intensive et fructueuse entre les universités, nationales ou internationales.

Les partenaires

On ne fait pas un projet européen tout seul. Trois partenaires minimum de trois pays du programme est une des conditions de participation au Programme. C’est aussi une immense opportunité de travailler avec les partenaires internationaux, qui partagent nos questionnements sur l’enseignement en art et en design. 

Pour ce projet, le Random (lab) de l’Esadse décide de se tourner vers l’Académie estonienne des arts et la Haute école de design de Schwäbisch-Gmünd en Allemagne.


Random(lab) © Cité du design - Esadse

Le Random(lab)

Le projet Digital Tools for Creative Collaboration a été construit par le Random(lab) de l’Esadse, lieu de recherches pratiques et théoriques consacré à l’expérimentation en art, design et numérique.

Ouvert aux étudiants années 4 et 5 en art ou design, aux étudiants en post-diplôme, ainsi qu’à des chercheurs invités, le Random (lab) est installé au sein du plateau des pratiques numériques de l’ESAD Saint-Étienne. Il regroupe un centre de ressources et un espace de travail permettant de créer modéliser des interfaces et des installations interactives à partir de composants électroniques et de plateformes de type Arduino. Les intervenants et étudiants associés au Random (lab) bénéficient également de l’ensemble des moyens du pôle numérique tant au niveau logiciel que matériel.

Le Random(lab) s’appuie sur la pratique du projet comme fondement de la recherche.
L’hypothèse de travail à l’origine de chaque recherche engagée est donc examinée via un ou plusieurs projets qui la questionnent et la mettent à l’épreuve sous des formes créatives multiples.

Divers sujets sont étudiés au Random(lab) selon la méthode suivante : un travail de documentation préalable suivi d’une analyse des productions existantes ; un temps consacré à la compréhension des enjeux du domaine abordé et à la problématisation, une période d’expérimentation et de confrontation à un maquettage technique et, enfin, la réalisation d’un prototype fonctionnel ou d’un « objet » abouti. Cette progression méthodologique vise, au moins et à diverses échelles selon le temps accordé au sujet, l’obtention d’un résultat formel et/ou analytique concret.

Le but de ces travaux n’est pas de comprendre ou de reproduire des procédés connus ou de s’arrêter à ceux-là, mais d’aller au-delà, vers des zones expérimentales permettant de proposer, d’ouvrir, voire de redéfinir de nouveaux terrains de réflexion et d’expérimentation en art et design.


Construction du Master IxD.Ma, Académie estonienne des arts

Les progrès fulgurants de la technologie ont conduit à la prochaine révolution industrielle. Pour la première fois dans l’histoire récente, personne ne sait à quoi ressemblera l’avenir. Les designers d’interaction sont au centre de cette transformation : il est entre nos mains de créer un avenir fondé sur les valeurs, les besoins et les comportements humains.

IxD.ma 

Eesti Kunstiakadeemia, Académie estonienne des arts

Fondée en 1914, l’Académie estonienne des arts (EKA) est la seule université publique d’Estonie à dispenser un enseignement supérieur dans les domaines des beaux-arts, du design, de l’architecture, des médias, des études visuelles, de l’histoire de l’art et de la conservation. L’histoire de l’art et la conservation. L’EKA figure parmi les principaux centres internationaux d’innovation dans le domaine de la culture visuelle. Actuellement, plus de 1 200 étudiants sont inscrits à l’Académie. Les conférenciers et les enseignants sont des professionnels dans leur domaine – des artistes, architectes, designers, historiens et scientifiques de renommée internationale. 

L’EKA entretient des liens étroits et des accords de coopération avec plus de 100 universités internationales. Plus de 65 % des anciens élèves de l’EKA ont étudié ou effectué un stage à l’étranger, en participant à des programmes de mobilité, de courte ou longue durées. L’académie est membre de Cumulus (Association internationale des universités et collèges d’art, de design et de médias), de l’EAAE (Association européenne pour l’enseignement de l’architecture) et, par le biais de Nordplus, de nombreux réseaux professionnels. 

Pour ce projet, nous allons travailler avec IxD.ma, programme de Master international de l’Académie. Ce programme se concentre sur les interactions de l’Homme avec les services, produits and expériences.


Laboratoire des médias de HfG © HfG

Hochschule für Gestaltung, Haute école de design de Schwäbisch-Gmünd

Avec environ 700 étudiants, la Haute école de design (Hochschule für Gestaltung, HfG) de Schwäbisch Gmünd est l’une des plus petites universités de sciences appliquées d’Allemagne. Malgré sa taille, la HfG a un profil international, grâce à de nombreuses années d’activités d’internationalisation et à sa participation très réussie au programme Erasmus+. Le HfG Schwäbisch Gmünd se concentre uniquement sur les programmes de design. 

La HfG Schwäbisch Gmünd considère le design comme une discipline innovante avec des références scientifiques, sociales et techniques. Cette discipline contribue à influencer les développements culturels, techniques et économiques de manière responsable et durable. L’université renonce délibérément aux prérequis artistiques ou artisanaux pour enseigner les bases du design. Les cinq programmes d’études, d’autre part, reposent sur des connaissances scientifiques et la justification rationnelle des décisions de conception.

L’école s’est en outre impliquée dans le réseau mondial des écoles supérieures de design, d’art et de médias Cumulus et a façonné le développement de Cumulus en étant membre de longue date du conseil d’administration. La HfG encourage également de nouvelles formes de coopération internationale. Soit par le biais de projets d’enseignement communs, soit par le biais de l’apprentissage et de la recherche, notamment dans le cadre de ce projet de « partenariat stratégique » Erasmus. 


The Bureau of European Design Associations, Beda (partenaire associé)

Beda est une organisation à but non lucratif. Elle a été fondée en 1969, à une époque où l’impact que les designers pouvaient avoir sur les entreprises était peu connu et mal connu. La Beda a rassemblé les associations professionnelles de design de toute l’Europe, fournissant généralement des indications sur les informations relatives à l’industrie du design, qui était très jeune à l’époque. Elle a également contribué à promouvoir le design dans les entreprises.

Aujourd’hui Beda continue à être profondément impliquée dans l’élaboration de la politique européenne. Elle souhaite promouvoir le design en tant qu’outil d’innovation industrielle et sociétale, ce qui est indispensable aujourd’hui et à l’avenir. Dans le cadre du projet, Beda participe au projet Digital Tools for Creative Collaboration de plusieurs façons pour contribuer à sa mise en œuvre, sa diffusion et sa pérennité :
– mettre les productions du projet à disposition de ses membres lors de ses évènements ;
– diffuser l’information sur le projet, ces actions, appels, évènements auprès de ses membres.


par Maria Moreira


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