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Douces itinérances : artistes en vadrouille

par Coline Vernay

Les ateliers mobiles, travaux des étudiants de la Fabrique Milieu, Paysage, Hors les murs de l'école supérieure d'art de Clermont métropole (ESACM) 2021 2022, L'usine à rêves ©Jade Bouchaud et Malo Lagabrielle (année 2)

L’adage est bien connu : « les voyages forment la jeunesse », mais qu’en est-il des préparatifs avant le départ ? Ils sont pourtant clés dans deux voyages présentés pendant la Biennale : L’odyssée de la Lenteur et les Ateliers Mobiles. L’occasion de questionner leurs objectifs, les moyens qu’ils ont mis en œuvre, et leurs résultats.

L’Odyssée de la lenteur

Après leurs études de design au sein de l’école européenne d’art de Bretagne (EESAB), Valentin Gréhal et Malcolm Bourgeais décident de fabriquer une Rosalie (cycle à quatre roues) et de l’utiliser pour parcourir 1 700 km.

Dans la continuité du travail enclenché pendant ses études, s’intéressant à la relation entre le travail et le jeu, Valentin accepte un défi lancé par un ami lors d’une soirée : pédaler de Rennes à Brno en République Tchèque, relier ainsi ces deux villes dans lesquelles il avait étudié. 

Malcolm se joint au projet, attiré par l’idée d’un voyage lent, sans moteur, permettant de voir le paysage autrement. Il raconte : « c’était à la fois un jeu et un travail. Cette entreprise faisait écho aux origines du tour de France, créé dans le but de faire de la com’, vendre du papier. Ce qui est génial avec le vélo, c’est le fait que le voyage commence dès que tu franchis la porte de chez toi, il ne s’agit pas de traverser toute la France à toute vitesse avant de commencer à faire attention à ce qui t’entoure. Le trajet fait partie intégrante du voyage. »

En 35 étapes, pédalant en général de 7/8h de matin jusqu’à 19/20h le soir (avec une pause le midi) le duo va « vraiment lentement », « ce n’était pas si physique, le fait d’être en vélo couché permettait une plus grande endurance » décrit Malcolm. En plus de son confort, cette rosalie conçue et fabriquée par les deux designers, s’avère être un support au contact : « Elle attirait les regards, les sourires… Comme la rosalie n’est pas un mode de déplacement très courant, les personnes s’approchaient, la discussion se lançait… ». 

Même s’ils avaient une trame, un objectif, le plus important des objectifs était pour eux de ne pas se presser « on ne voulait pas se mettre la pression, et toujours avoir une marge de souplesse pour laisser place à l’imprévu. S’arrêter où et quand on avait envie » ajoute Malcolm.

Cette expérience, qui sera présentée dans l’exposition Autofiction pendant la Biennale, a fait depuis des petits : les deux designers ont été contactés par d’autres personnes ayant divers projets intégrant des rosalies.


Les Ateliers Mobiles : un projet pour artistes nomades ?

Les étudiants de l’ESACM, école d’art de Clermont-Ferrand, ont conçu des « ateliers mobiles » dans le cadre de La Fabrique. Un projet original qui court tout au long de l’année, à raison d’un cours par semaine, encadré par Serge Lhermitte. Cet artiste enseignant travaille depuis longtemps déjà sur la mobilité et le travail en ateliers, notamment avec son œuvre Et Dieu créa la T.P.E. exposée lors de la précédente biennale. 

Après un temps théorique permettant aux étudiants de se familiariser avec le contexte artistique, vient la pratique à travers des ateliers de construction, puis la mise en œuvre et enfin, l’exposition qui prendra place du 26 juin au 2 juillet à la Biennale.

L’objectif pour les participants est de « relier les 5 abbayes romanes de la région de Clermont, lors d’un périple de 5 jours, en parcourant 25 km par jours (avec du dénivelé). Il ne s’agit pas simplement de les relier pour le plaisir, mais d’y faire un travail artistique » expose Serge Lhermitte.

Au départ, un cahier des charges est remis aux étudiants, qui travaillent ensuite à la manière des designers. Serge Lhermitte explique que le but du jeu est d’amener le groupe à travailler en dehors de l’école, et s’impliquer dans le paysage particulier de la région, marquée par la chaîne des volcans. Pour pouvoir travailler pendant ces 5 jours, les étudiants doivent concevoir des ateliers mobiles. « Certains étudiants n’avaient jamais démonté un vélo, cela leur a permis de savoir comment cela fonctionne, de faire de la mécanique, des croquis métrés, demandant une certaine précision, un respect des échelles, ce qu’on ne fait pas trop en École des Beaux-Arts en dehors de ce genre de projet. » raconte Serge Lhermitte qui poursuit « lors des ateliers nous avons travaillé avec des techniciens des ateliers sculpture de l’école, un designer et un ingénieur de chez Michelin, notre partenaire, qui est venu quasiment tous les mardis soir… ». 

Toutes les informations 

L’artiste explique également comment les partenariats avec des entreprises locales permettent de pousser des projets : « Un tandem réalisé dans l’atelier intègre (ou utilise) par exemple une roue de moto pneu de la R&D Michelin. Celui-ci colle chimiquement à la route, a une grosse résistance. C’est un produit spécifique pour la moto Grand Prix qui n’est commercialisé que pour l’écurie de courses. ». En plus de ces apports de matériaux spécifiques, ce partenariat a permis au groupe d’étudiants de tester leurs objets roulants sur les pistes de Michelin. Après leur test grandeur nature durant leur épopée de 5 jours, les participants présenteront leurs ateliers mobiles, et restitueront des captations de leurs travaux, à la Cité du Design, du 26 juin au 2 juillet 2022.

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