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Faire école, c'est faire ensemble

Les étudiantes et les étudiants, de l’Esadse et d’ailleurs, proposent résolument Le Monde, sinon rien

Copie d’écran du site Lemondesinonrien.fr

par Helene Fromen

Face aux enjeux qui sont les nôtres aujourd’hui, pour permettre la cohabitation de tous les êtres vivants sur cette planète, les étudiantes et les étudiantes réagissent « par l’expérimentation, la fabrique, la solidarité », nous dit Sophie Pène, co-commissaire de l’exposition avec Benjamin Graindorge. Elle ajoute : « Cela exige l’alliance du travail d’invention par la main avec la recherche de connaissances nouvelles par la science. C’est ce que montre l’exposition Le Monde, sinon rien. »

Matérialisant les questions de la diffusion des connaissances, le rôle et l’organisation possible des expériences collectives, il était cohérent, voire indispensable, que les étudiantes et les étudiants soient à la manœuvre pour la production d’ensemble de l’exposition, mais aussi dans des dimensions plus spécifiques telles la typographie ou le site Internet. 

Sophie Pène et les étudiants nous en disent plus à travers trois « cartes postales ».


Carte postale #1 : la production de l'exposition

Mi-février 2022, Benjamin Graindorge a lancé un appel auprès des étudiantes et étudiants et Théotime Lubac a pris en charge la chefferie de chantier de la production de Le Monde, sinon rien.

Benjamin avait produit une maquette virtuelle précise : le plan projeté a permis aux étudiants de reproduire la scénographie à l’échelle réelle. Elle est structurée autour de cinq totems - Fantômes, Enquête, Territoire, Polyphonie, Diplomatie - qui sont signifiés par un travail graphique. Utilisant des techniques de fresque, une équipe a peint le sol.

Les principes d’organisation qui ont été mis en œuvre ont favorisé l’autonomie des étudiantes et étudiants dans l’accrochage. Une revue de projet hebdomadaire en présence de Benjamin permettait de faire le point et d’arbitrer par consensus. L’ambiance était très joyeuse !


Carte postale #2 : la fixeuse, typographie 

Le Monde, sinon rien est un projet qui demandait du récit : nous avons beaucoup lu pour concevoir l’expo et elle comprend beaucoup de textes. Félix Fritz et Thomas Dutoit, étudiants à l’Esadse, étaient chargés de l'identité de l'exposition. Accompagnés de Michel LePetitDidier, Denis Coueignoux et Juliette fontaine de l'Esadse, ils ont tout particulièrement travaillé à la mise en scène des textes et documents dans l'espace d'exposition.

Les livres compagnons de Le Monde sinon rienLivres à partager : Sophie Pène, co-commissaire de l’exposition, nous propose sa sélection de livres qui créent des liens
Idées

Thomas et Félix ont dessiné une police BTP : ils l’ont traitée à la main d’abord, puis digitalisée, laissant vides les caractères pour venir les strier ensuite, les hachurer à la main. Cette police a fait la preuve de sa grande lisibilité quels que soient les textes présents dans l’exposition et leur longueur.

En référence aux travaux de l’historienne Zrinka Stahuljak, la police de caractère a été baptisée La fixeuse. J’y vois un hommage aux fixeurs, ces personnes souvent négligées, parfois oubliées.1 On appelle « fixeurs » ces personnes qui, sur les zones de conflit, traduisent mais aussi plus largement servent d’intermédiaires et aident de toutes sortes de manières.

Typographie La fixeuse pour Le monde sinon rien © photo Hélène Fromen

Carte postale #3 : le site Internet Le Monde, sinon rien

Développé par Benoît Zenker, élève de David Olivier Lartigaud à L’Esadse, le site parle une grammaire commune à l’exposition Le Monde, sinon rien : celle du souci d’inclusion et de durabilité, de réagencement et de beauté. Volontairement « low-tech », le site est conçu et développé selon la sobriété numérique qui est au cœur de l’éthique et esthétique du logiciel libre.

Le site est consultable dans une version 2D ou 3D. Une collaboration s’est mise en place pour le graphisme et Nicolas Mars a composé la musique électronique qui le sonorise ainsi que des lectures de textes « fétiches ». La dimension pluri-sémiotique du site répond à la multi-compétence de l’école. La représentation des contenus et la navigation d’un objet à un autre explorent de nouvelles modalités parmi lesquelles la poésie a sa place ainsi qu’une légère incertitude.

Le site fait plus que présenter les projets étudiants, il les incarne. Il est le fruit d'un effort collectif, fait par et pour les étudiants. Il s'est construit sur la base d'expérimentations plastiques, de recherches techniques, de partis pris éthiques.

Benoît Zenker, Esadse

Au-delà de l’exposition, le site est pérenne et permet de fédérer des projets. Le site a vocation à devenir la plateforme qui héberge ces projets de la même manière que les écoles les abritent : l'un comme l'autre permettent aux étudiantes et étudiants de « lancer des départs de feu ». Ainsi, le site devient à la fois référentiel de l’expo et observatoire des transformations des écoles. Il accueillera prochainement les contributions et c’est à partir de celles-ci que sera générée la prochaine édition de Le Monde, sinon rien.

Visitez Le Monde, sinon rien en ligne : www.lemondesinonrien.fr
Et/ou préparez votre visite de l'exposition dans le cadre de la Biennale International Design de Saint-Étienne en consultant le site de la Biennale.


Le monde, sinon rien se déploie en ligneChoisir l'essentiel : pour faire émerger une nouvelle façon de faire école
Article

par Helene Fromen

1Sophie Pene nous oriente vers l'interview de Zrinka Stahuljak par le quotidien d'idées AOC, publiée ici : https://aoc.media/entretien/2021/09/03/zrinka-stahuljak-en-afghanistan-comme-ailleurs-les-fixeurs-ne-sont-pas-vus-comme-des-heros/ ainsi que vers les conférences qu'elle a donnée au Collège de France à l'invitation de Patrick Boucheron : https://www.college-de-france.fr/site/patrick-boucheron/guestlecturer-2017-2018__1.htm)

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