Article | Avant Biennale 2022 | DST Unit

Les expositions Dépliages

Une forme d’initiation immersive et concrète au design

par Marine Fulchiron Lecointe

Dépliages, quand le design travaille à la médiation de la technique, Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2019 © P.Grasset

Depuis 1998, la Biennale Internationale Design Saint-Étienne accueille la communauté des designers et le public amateur. Au gré des événements et des débats, elle prend le parti de former et transformer des milliers de visiteurs. Objet de curiosité, ou « flop » si l’on fait référence au dernier succès de la Cité du design, elle étonne et détonne au cœur d’une communauté française du design qui s’échine à composer une définition rassurante pour répondre à l’éternelle question : c’est quoi le design ?

Dans ce contexte, la recherche de la Cité du design, a proposé une méthode simple et concrète de déconstruction d’objets en proposant le concept des expositions Dépliages. Ces expositions démontrent la valeur d’un design de création et montrent de manière concrète le travail des designers et leur rôle au sein des entreprises.

Le designer intégré, un créateur au cœur de l’entreprise

La tendance actuelle française situe le design, dans la hiérarchie des métiers, juste un peu en dessous de l’ingénieur, au-dessus de l’artisan, entre le marketer et le manager. On voit également le designer acteur des politiques publiques, jouant un rôle de médiateur-concepteur placé stratégiquement entre l’élu, l’administration et le citoyen. 

Tout le monde pioche dans les « méthodes design ». Après avoir convaincu une génération d’initiés dans les années 1990 et 2000, le design a explosé dans les années 2010. Des soixantenaires aux trentenaires, tous ont découvert, heureux comme les enfants de la génération qui les suit, les prestidigitateurs designers révélant leurs « trucs » pour fasciner un public de consommateurs conquis par le spectacle. C’était la formule simple et magique du design thinking

Au temps de la prise de conscience des risques environnementaux et de la nécessité du soin, cette énergie mise à consommer du design de méthodes n’est sobre ni en matière ni en fonds : c’est une nouvelle forme d’industrie, avec des productions peu ou prou similaires, consommées avec passion puis délaissées par lassitude ou vacuité. C’est la puissance trompeuse et ennuyeuse de l’organigramme, l’effort synthétique du schéma et l’amusement du post-it qui communiquent bien mieux qu’un plan de restructuration. La méthode s’impose sans effort face à toute la densité et l’émotion du dessein/dessin, empêtrés dans leurs traits, qui sont autant de liens qui nous rapprochent de la complexité des hommes et du monde. 

Dépliages, quand le design travaille à la médiation de la technique, Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2019 © P. Grasset

Les étudiants designers comprennent très bien où le design agit, ils exercent un œil critique, parfois acerbe, sur les objets qui forment et orientent notre quotidien. Ils maîtrisent le sens des liens qui se tissent entre les environnements matériels et sociaux.

Marine Fulchiron Lecointe, chargée de mission recherche, Pôle recherche Cité du design

Une partie de la génération prochaine, qui étudie dans nos écoles aujourd’hui, s’oppose fermement à cette vision dominée par l’homme méthodologique armé de sa puissance technique et scientifique. Elle sait qu’elle fait partie à part entière de la nature ; selon elle les ‘babies-boomer’ forment d'abord la génération des trente années du boom avant d'être celle des trente années de gloire. Elle scande le provoquant « ok boomer » au premier sens du mot, elle crie : en consommant, c’est le futur que l’on consume! Les étudiants designers comprennent très bien où le design agit, ils exercent un œil critique, parfois acerbe, sur les objets qui forment et orientent notre quotidien. Ils maîtrisent le sens des liens qui se tissent entre les environnements matériels et sociaux. Cette génération a de l’intuition, elle est sensible au monde. Une génération de créateurs se distingue et se fait une place loin de l'armada « créativistes ». 

Dépliages, une exposition didactique

L’exposition Dépliages démystifie, par son approche concrète, le travail des designers pour remettre en lumière celui du créateur : un auteur, conscient de ses liens avec le monde, formé à la compréhension des environnements techniques. Il s'inscrit au cœur du monde industriel, il est relié à toutes ses contraintes, il crée et produit dans la complexité.

Dépliages, quand le design travaille à la médiation de la technique, Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2019 © P. Grasset

Dépliages montre de façon simple un métier d’audace qui transforme les pratiques, non pas parce qu’il suit les tendances, mais parce qu’il forme ce qui n’existe pas encore. À Saint-Étienne, lors de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2019, le premier opus de Dépliages a montré le pouvoir du créateur qui emmène l’entreprise vers un autre horizon que celui prédit par les oracles des chiffres, des méthodes, des études de marché. 

Il faut un créateur pour imaginer et faire accepter qu’une mine en graphite est la quatrième couleur d’un Bic et convaincre qu’il y aura des milliers d’utilisateurs de la plus grande invention de l’écriture après la plume associée à la plus ancienne matière pour écrire, le charbon. 

On pourrait aussi prendre l’exemple du fauteuil Invacare, où les besoins spécifiques des personnes obèses viennent reconfigurer le dessin et le mode de fabrication des fauteuils roulants pour améliorer le produit, mais aussi en changer l’image. 

On peut citer encore la sculpture des pneus Michelin qui impactent fortement l’adhérence des camions sur la route, mais qui agissent également comme un indicateur pour savoir où positionner quel pneu sur le véhicule. Qui aurait dit d’instinct que le dessin avait un tel pouvoir technique ? 

Dans la sélection du nouvel opus de Dépliages qui a ouvert à Lille, on peut également mettre en lumière l’audace d’Origine Cycles qui prend une place sur le marché très contraint du vélo avec une proposition originale de production et d’assemblage sur le territoire français. Des produits conçus au plus près des sensations recherchées par les cyclistes. 

On peut citer enfin le bateau amphibie de Wettoncraft, hybride entre le bateau semi-rigide et la remorque, qui révolutionne la plaisance tout en répondant à des usages spécifiques du monde professionnel.

Wetton 56 © wettoncraft

Dépliages #1

Quand le design travaille à la médiation de la technique
Exposition du 21.03 — 22.04.2019

Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2019

Commissariat : Cité du design (Isabelle Verilhac, Olivier Peyricot, Camille Chatelaine, Laure Choquer)

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Dépliages #2

Quand le design se découvre
Exposition du 21.09 au 21.12.2021

Coproduction Lille–design et Cité du design

Commissariat : Lille–design (Thomas Chuzeville), Cité du design (Olivier Peyricot, Camille Chatelaine)

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Dépliages #3

Corps/accord avec l’objet industriel
Exposition du 06.04 au 31.07.2022

Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2022

Commissariat : Florian Traullé

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Florian Traullé © F. Roure

Pour la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2022, sur le thème des bifurcations :
Dépliages #3, corps/accord avec l’objet industriel

Florian Traullé, designer intégré à la tête de la R&D de Salomon, a choisi de mettre en lumière le travail de designers, intégrés eux aussi, sur des produits liés au corps. Une proposition qui démontrera les changements de paradigme que proposent ces créateurs. Ils nous invitent à changer notre regard sur les autres dans nos pratiques du quotidien liées à la mode et au sport.

par Marine Fulchiron Lecointe


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