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Un aperçu de l'exposition Singulier Plurielles

Franck Houndégla, son commissaire, vous présente l'exposition et une sélection de projets

Ferme Factory, 2018-2020 © Yakouba Kouyate

par Helene Fromen

Le titre de l'exposition Singulier Plurielles évoque la dynamique qui existe entre le projet dans sa singularité et l'ensemble qu'il forme avec les pluralités de projets qui portent des valeurs communes. C'est aussi une évocation de la diversité et de la pluralité des territoires africains.

Les projets exposés montrent des usages hybrides et novateurs dans divers domaines : les pratiques agricoles, les espaces communs et publics et la nouvelle façon d'envisager des modes de fabrication. Surtout, ces projets sont généralement tournés vers le développement humain et l'amélioration du cadre de vie du plus grand nombre. Et enfin, ils associent souvent des pratiques anciennes et des techniques contemporaines.

Les protagonistes de ces projets sont parfois designers, mais aussi inventeurs, "makers", ingénieurs architectes, chercheurs.

Ils ont des parcours différents, mais partagent une démarche de design et surtout développent des projets qui ont une générosité et un impact réel dans les sociétés dans lesquelles ils sont expérimentés.

Franck Houndégla, commissaire de Singulier, plurielles

Ils ont déjà bifurqué parce qu'ils expérimentent. Ils explorent des façons de produire des projets qui se situent entre des techniques d'adaptation et des stratégies de transformation plus globale des territoires. Tous ces usages hybrides et novateurs permettent de renouveler la façon dont les concepteurs interagissent avec la société.

Dans l'exposition, on présente une cinquantaine de projets novateurs dans ces différents domaines. Ce que l'on peut constater c'est qu'il y a une diversification des acteurs, ce qui veut dire que les projets sont de plus en plus adaptés aux différentes situations sociales. Et ce que l'on peut voir dans l'exposition, c'est qu'on a des projets qui se déroulent à l'échelle du corps, notamment pour ce qui est des projets liés à la santé. Et d'autres, comme la Grande Muraille verte, qui réfléchissent à la façon dont une infrastructure pourrait être imaginée à l'échelle continentale.

Toutes les infos pour préparer au mieux votre visite de Singulier, plurielles - dans les Afriques contemporaines, dans le cadre de la Biennale Internationale Design de Saint-Étienne.


Carte postale #1 : la mode de Bubu Ogisi

I am Isigo, fondatrice Bubu Ogisi, Green Water, Blue Forest ©Nuits

À Lagos, au Nigeria, Bubu Ogisi est une styliste et designer qui a développé un écosystème productif fondé sur la mise en réseau d'artisans au savoir-faire complémentaires. Ainsi la mode raconte l’histoire, agit sur le présent et imagine l’avenir.

La styliste présente la collection SS22 de I.AM.ISIGO de la façon suivante : Pour cette collection, Green Water, Blue Forest, nous avons associé des fibres de chanvre synthétiques et naturelles de la classe botanique cannabis sativa. Cette plante à croissance rapide fut l’une des premières à être transformée en fibres utilisables, il y a 5 000 ans. Le plastique reste une fibre rebelle, qui infiltre notre existence par son adaptabilité et sa longévité. C’est sans doute le matériau le plus utilisé sur notre planète. 

Considérant que le corps est la toile ultime, nous imaginons que la seule façon de nous sauver, nous-mêmes et notre monde, serait de synchroniser les mondes naturels et synthétiques. 

Cette collection est faite pour l’avenir, un avenir du passé, où l’Afrique – continent libre-penseur et véritablement décolonisé – embrasse et trouve l’équilibre entre ces mondes. 

Nous avons réalisé des pièces expérimentales en chanvre, tissées à la main et entrelacées de coton et de soie, en collaboration avec Agraloop (bio-raffinerie qui produit du textile à partir de fibres de déchets agricoles). Ces pièces sont complétées par du crochet à la main et un patchwork de plastique recyclé, qui évoquent un monde de raisonnements juxtaposés.


Carte postale #2 : les automobiles Karenjy

Collection Karenjy ©Karenjy 

Karenjy est un constructeur automobile installé à Madagascar qui réalise des véhicules non-standards. Karenjy peut se traduire par vadrouille ou virée et veut exprimer les particularités d’un véhicule conçu et réalisé pour circuler sur les longues routes et les chemins de son pays natal.

Simples et personnalisables, en production limitée, les modèles sont étudiés pour s’adapter à leur environnement et aux besoins de l’utilisateur. Dotés d’un design simple et fonctionnel, économiques, robustes, polyvalents, ils se déclinent en pick-up, fourgon et véhicule de prestige. La marque a réalisé deux « papamobiles » : en 1989, pour la venue de Jean-Paul II, puis en 2019, pour celle du Pape François. 

La marque fut lancée dans les années 1980 par l’Institut Malagasy de l’innovation (IMI), sous la présidence du socialiste Ratsiraka. Elle a produit des véhicules de 1987 et 1992, puis de nouveau à compter de 2010, suite à sa reprise par l’entreprise d’insertion professionnelle Le Relais Madagasikara.

La production des automobiles est reliée à un ensemble d'activités comme un centre de tri de la confection textile, de la production agricole, de l'hôtellerie et des formations. Cet ensemble d'activités socio-économiques développe un territoire. 


Carte postale #3 : l'émission de télé-réalité Ferme Factory

L'émission de téléréalité Ferme Factory reprend les codes éprouvés de ce format télévisé et mondialisé pour valoriser le travail agricole.


Carte postale #4 : le laboratoire culinaire Meza Malonga

Meza Malonga, laboratoire culinaire installé à Kigali (Rwanda) ©Chris Schwagga

Meza Malonga, ouvert en 2020 à Kigali au Rwanda, est un laboratoire de saveurs et un lieu de partage de la cuisine « afro-fusion », trait d’union entre les cuisines plurielles d’Afrique. Pas de carte ou de menus, pas d’intitulés de plats : le chef Dieuveil Malonga improvise selon les produits de saison, son inspiration et les influences collectées dans 37 pays d’Afrique qu’il a visités. 

Dans la ferme expérimentale située à Nyamata, à 44 kilomètres du restaurant, sont effectués des tests de cultures : légumes, herbes aromatiques et fleurs comestibles. Cette production est complétée en fruits et légumes par des produits issus de Musanze – terre fertile au pied des volcans du Virunga – cultivés par des agriculteurs partenaires.

L'équipe, qui vient du Rwanda, du Burundi, d’Ouganda et de Tanzanie, effectue de nombreux séjours dans les villages afin d’apprendre de l’expérience culinaire hors pair des « grands-mères », mais aussi d’autres membres des communautés locales : éleveurs, pêcheurs, maraîchers, connaisseurs des techniques de fumage, boucanage et fermentation. C’est un travail de communion, de transmission de savoir-faire et de partage  de l’excellence d’un art de vivre.


Carte postale #5 : le kit Science Set

Science Set, kit d'expériences scientifiques développé au Ghana ©Dext Technology

Un laboratoire de la taille d’un manuel scolaire !

Le Science Set est un kit d’expériences scientifiques, inventé par Charles Ofori Antipem et Michael Asante-Afrifa, jeunes ingénieurs, co-fondateurs de Dext Technology, entreprise chargée de sa fabrication et de sa diffusion. Abordable, le Science Set contient une quarantaine de composants qui permettent de réaliser plus de vingt-six expériences dans les domaines de l’électronique, de la robotique basique, de l’énergie verte et de la « mini-agriculture verticale ».

Les inventeurs ont souhaité que chaque école ait un laboratoire pour que les élèves puissent expérimenter et apprécier la science. Pourquoi ne pas donner à chaque étudiant un laboratoire ? Les idées clés sont l’accessibilité et la simplicité. L’utilisation de l’impression 3D et de la découpe laser permet de produire 1000 unités par mois. Le kit a fait l’objet de nombreuses distinctions locales et internationales, dont celui de l’Union africaine, et connaît une diffusion croissante. Au bout de trois ans, il avait atteint 200 écoles au Ghana, 650 écoles à travers le monde, soit plus de 80 000 élèves au Ghana et à l’étranger. 


Carte postale #6 : le centre Songhaï

Godfrey Nzamujo, directeur du centre agro-écologique Songhaï, à Porto-Novo (Bénin) et des jeunes en formation © Centre Songhaï

Lieu de formation et de production agricole fondé en 1985 par le prêtre dominicain Godfrey Nzamujo et différents partenaires, à Porto-Novo, capitale du Bénin, le centre Songhaï s’étalait sur 22 hectares en 2015. Il tient son nom d’une civilisation africaine prospère ayant existé entre le XIVème et le XVIème siècle. 

Le souhait était d’inventer une forme de développement propre à relever de façon systémique le triple défi de l’insécurité alimentaire, de la forte pression démographique et de la crise environnementale croissante. 

Centre de culture et de conscience écologique, parc technologique et de recherche, espace de production, établissement de formation et d’incubation, et lieu de ressources et de services, Songhaï préconise un système économique régénérateur et circulaire centré sur la création et le réinvestissement de la richesse et des savoirs dans les communautés, afin de créer un cercle vertueux.

Le modèle Songhaï se diffuse : cinq centres ont été créés au Bénin et dans d’autres pays de la région, où ils sont portés par des initiatives publiques ou privées, notamment au Nigeria, au Liberia, en Sierra Leone et au Congo-Brazzaville.


par Helene Fromen


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