DNSEP Design

Lauriane Carra

Villégiature

Ces cinq formes font partie d'un plus grand objet : un refuge, un lieu de retraite isolé en plein coeur d'un environnement naturel ; à l'ombre d'une clairière, sous la brise légère d'un bord de mer ou sur la pelouse rase d'un alpage. Cette habitation se compose d'une charpente tubulaire que les voyageurs découvrent nue lorsqu'ils arrivent, à travers de grandes parois vitrées. Au fur et à mesure qu'ils arpentent l'intérieur de l'espace et cette ossature d'acier, ils doivent déployer des surfaces textiles, préalablement disposées dans l'habitat. C'est par cet habillage domestique que l'architecture froide et inconfortable se remplit et se meut en un espace habitable.

Selon le milieu dans lequel le refuge est établi, les surfaces textiles évoluent : à l'image de la tenue humaine qui varie en fonction des saisons, du climat, des cultures et de son identité. La structure tubulaire reste cependant la même, comme un squelette.

Pour ce projet de diplôme, j'implante ce refuge dans un pâturage de haute montagne, en période estivale. C'est par un jeu de surfaces, de textures, de couleurs, et de motifs, que le paysage extérieur s'introduit à l'intérieur pour offrir à ce lieu de vie temporaire une identité forte et toute sa fonctionnalité. J'aimerais que l'on contemple ces objets comme l'on serait captivé par une chaîne de montagnes s'offrant à nous jusqu'à l'horizon.

Ce lieu de vie est divisé en cinq zones essentielles et chacune est associée à une action qui met en mouvement le textile :

Le rangement se manifeste par une colonne verticale dont il faut basculer les pans textiles à l'horizontale, pour créer une étagère. La verticalité se cristallise par des motifs gravés sur les trois pans de velours, à l'image de l'étagement de la végétation selon l'altitude ; une transition des pelouses rases à un sol rocheux parsemé de rares lichens.

Un édredon à l'allure rocailleuse masque le lit, les deux voyageurs le retirent, et le plient selon une gestuelle rappelant le pliage d'un drap. Le dessus de lit est changé en baldaquin, un rocher dont l'intérieur molletonné se dévoile au-dessus d'un lit moelleux.

Une applique lumineuse se révèle fenêtre intérieure. On en tire le rideau non pas pour abattre le jour mais pour exposer une vue panoramique. Un jeu d'ouverture et de fermeture se met en place grâce à une succession de vallées et de crêtes qui s'étirent et s'écrasent en un abat-jour plissé. La grille géométrique qui traverse ce léger tableau textile contraste avec cette composition crayonnée de minéraux et végétaux.

Dans la zone de bain, la chute d'un store emplit l'arrière-plan d'une vasque en céramique, et des carreaux de miroir y apparaissent. Mais c'est aussi la chute de l'eau dans la vasque, comme celle de la pluie dans le lac, observé à l'extérieur du refuge. Ce store cerne l'immense paysage qui se prolonge derrière lui en un découpage géométrique qui me rappelle les pans de verre ondulatoires du couvent Sainte-Marie de la Tourette de Le Corbusier (69, France).

Une table qui sort du mur, et un pan textile s'ouvre en deux sur elle pour la recouvrir sa surface rugueuse, comme l'on étendrait un habit sur un rocher pour y manger. Cette translation du vertical à l'horizontal change la signification même de ce textile qui passe de la tapisserie à la nappe. Et par la superposition des différentes couches transparentes et imprimées, se crée une véritable profondeur de reliefs évanescents.


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