DNSEP Design Objet

Alex Delbos-Gomez

Baroque est la copie du monde

Mon intérêt se porte sur le quotidien. Les objets de tous les jours, ceux qui nous accompagnent du café du matin au couché du soir, je parle des outils domestiques qui nous servent à accomplir nos tâches, nos besoins les plus élémentaires : à savoir dormir, manger, déféquer, se laver ;mais aussi laver le linge, le sol, la vaisselle, et puis toutes ces autrestâches qu’on appelle corvées.
Je n’ai pas la prétention de vouloir révolutionner la manière d’organiser son logement, de mieux faire la vaisselle, de mieux s’assoir sur un canapé ou améliorer l’ouverture des huitres à Noël (on estime que cet exercice blesse environ 2000 courageux chaque année pendant les fêtes de fin d’année en France) ; je ne souhaite pas donner de marche à suivre pour faciliter l’épluchage des carottes, nombres d’économes disponibles dans le commerce ou dans les tiroirs de vos cuisines ont déjà prouvé leur efficacité.
Loin de moi l’idée qui viserait à soi-disant « améliorer » le quotidien, à accompagner, à tenir la main de quiconque pour la moindre opération journalière.
 
Je m’empare de l’ornement comme moyen de défense contre la standardisation et la désincarnation de l’objet produit et pensée par les grandes firmes industrielles aveuglées par une perpétuelle recherche de la croissance économique. Je parlerais de décors pour parler d’ornement, parce que je considère mon travail d’ornement comme une manière de créer un décor, de créer une scène vivante. Un objet qui s’active à la fois par l’usage et par le décor. Je conçois mes objets comme animées par des scènes de vie, en lien avec ma culture, mon environnement, mes choix esthétiques et mes goûts propres. Je ne souhaite pas imposer un standard esthétique comme le souhaitaient jadis les modernes. Je parlerais de mes objets comme des additions d’une multitude inspirations sédimentés. De la copie que je me fais du monde, je la préfère à celle des produits tendances qui alimentent le marché.
 
Amateur je le suis. De sa définition comme une personne qui aime, cultive, recherche certaines choses. Le mépris envers l’amateur est je ne crois pas plus vieux que le système capitaliste moderne, qui le stigmatise parce que considéré inutile à l’effort de croissance économique. L’amateur ne s’intéresse pas au profit que peut lui conférer son activité, mais seulement au plaisir du geste.
Par l’implication du corps et par la mobilisation de toute ma concentration appliquée à la tâche ; fabriquer des objets à éveillé en moi la satisfaction et la fascination du travail de la main. Très présent dans ma recherche plastique aujourd’hui, le travail de la main et des techniques de fabrication lentes change mon rapport à la production d’objets. Encore très attaché à l’objet, aux usages et symboles qui lui sont inhérents, je m’émancipe de la nécessité de devoir l’intégrer à tout prix à une logique de production en série. J’envisage mes objets comme des supports de langage autant que des objets usuels.
 
Crédits : © S. Binoux / A Delbos-Gomez


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