DNSEP Design Objet

Marion Lim

Vivre le flou

Mon projet de diplôme s’intéresse à comment intégrer le flou et comment l’apprécier en le considérant, non pas comme un défaut ou un handicap mais comme quelque chose qui apporte une sensibilité et une poésie dans notre regard sur notre environnement. En se basant sur des jeux optiques et des altérations de la perception, je vous propose de saisir le flou au travers de mes recherches et expérimentations. 

J’avais une petite idée de comment c’est de vivre le flou, de part de mon expérience en tant que myope et aussi astigmate. Pendant très longtemps jusqu’à aujourd’hui même, je considère ma myopie et mon astigmatie comme des handicaps. Voir flou me freinait dans toutes mes actions. Pourtant je me suis mise petit à petit à accepter et même apprécier de voir flou. Le fait de ne pas voir net me permet de me recentrer sur moi-même et de ne pas me laisser distraire par des nuisances visuelles, par le surplus d’informations. Il me permet de créer des moments de déconnexion, des temps de pause. 

Le flou se définit comme étant un écart par rapport au net, un modèle dont les contours sont brouillés. Kandinsky nous parle dans sa peinture de la présence de tâches de couleurs flottantes et instables où le flou culmine au point que la réalité semble s’être entièrement dissoute et laisse place à l’abstraction. Marcel Brion, dans La peinture romantique (1967), nous parle du flou comme étant cette zone intermédiaire, cet entre-deux mystérieux entre l’obscurité et la pleine lumière, celle du clair-obscur qui frapperait les sens, l’imagination et la sensibilité pour conduire à l’extraordinaire. C’est cette envie qu’on a eu de représenter le flou parce que les frontières entre le visible et l’invisible sont apparues incertaines et donc de peindre ce que voit l’œil et ce qu’il voit de manière imparfaite. 

En comprenant et en saisissant toutes ses données autour du flou, c’est à partir de ce moment que je vais chercher des manières de créer du flou et explorer les différentes typologies de flou. J’ai donc, au travers de plusieurs matériaux, essayé de figer ce flou en plein mouvement, de le créer puis de le capturer tel un photographe qui capture un moment. 
De la même manière qu’un photographe, j’essaie de capturer le moment qui fascine, qui émerveille à travers les objets qui sont statiques au prime abord mais qui donne l’impression en même temps d’être en mouvement avec l’interaction de la lumière, des couleurs et des différents matériaux. Je considère mes sculptures comme des artefacts, comme des témoins de mon exploration autour du flou. Il faut se déplacer autour, les manipuler pour observer les changements : aller et venir, apparaître et reculer, remarquer le visible et l’invisible - un phénomène de mouvement constant. Cela touche au mystérieux, le lieu au-delà duquel l’œil ne peut pas aller. 

C’est en faisant finalement que je commençais à mieux saisir le flou car je m’approprie et je me fais ma propre définition. Etudier le flou m’a permis de me questionner sur la lumière, sur les jeux de transparence que peuvent avoir les objets pour créer différents degrés de flou. En provoquant un certain doute dans les formes ou la fonction de ces objets, leur mystérieuse complexité interne attire le spectateur par la contemplation, la lenteur et l’émerveillement de percevoir la beauté de la lumière. Ce flou, ce doute induit du temps de déchiffrage, on souhaite découvrir ce que c’est et ce qu’il s’y cache derrière. C’est ce que je voulais produire, de créer un temps d’émerveillement et de contemplation, un temps de pause au travers de ces objets. Ces sculptures illustrent finalement ma propre fascination de la transparence, de la lumière, de la couleur et des matériaux translucides.

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Crédits : © S. Binoux / M. Lim


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