
« Aire d’autoroute, cafétéria, centre commercial vide, station-service, vieille enseigne, hall d’immeuble, zone industrielle. Petite, j’aimais ces endroits-là ; ils m’étaient toujours familiers, même si, des fois, c’était la première fois que j’y allais. Les endroits changeaient mais pas les sensations. C’était comme revenir à la maison, un mélange de réconfort et de vertige. Je m’évadais de la réalité le temps d’un instant. Et je me posais toujours cette question. Pourquoi ces espaces-là ? Pourquoi ces lieux ?
Et puis un jour, j’ai vu une vidéo sur Internet, celle d’un centre commercial vide avec une mélodie en fond. Elle était douce et familière, même si c’était la première fois que je l’entendais. Si ma nostalgie avait été une mélodie cela aurait été celle-ci. Et là je l’ai senti, cette vidéo m’avait replongée dans ces espaces qui m'avaient tant fascinée plus jeune. Après plusieurs vidéos, j’ai compris que c’était celle des Backrooms, un nom qui m’était encore inconnu et qui allait pourtant prendre une place importante dans mes fascinations. »
I was there too est un essai vidéo qui illustre toute ma recherche à travers l'écran de mon ordinateur. Entre le forum Reddit, le site Noclip, Google Street View et des espaces créés en 3D, j'essaie de comprendre comment les Backrooms ont quitté les sphères d’Internet pour venir dans ma réalité.
Quand les mots manquent, les espaces parlent.
Ce que j’aime dans ces espaces liminaux, c’est le fait qu’ils convoquent en moi plein de choses : de la nostalgie, un moment d’incertitude, un malaise. Mais leur point commun, c’est que cela me donne une impression de dissocier de la réalité. Je sens que ça appelle en moi des choses profondes, peut-être enfouies, comme un micro-voyage introspectif sur ce que j’ai vu, entendu, lu, regardé.
Cela me rappelle le livre « D'images et d'eau fraîche », dans lequel Mona Chollet parle de sa collecte d’images sur Internet. « Parfois, les images offrent ainsi une archéologie intime, une exhumation des visions et des sensations heureuses, fondatrices, sédimentés au fond de soi. »
À propos de Caroline Merel
L'artiste Gala Hernández López parle d'écran-caméra dans sa thèse recherche-création sur la capture d'écran. C'est une artiste qui m'a beaucoup inspirée avec son court-métrage La mécanique des fluides, sorti en 2022. Elle a documenté la communauté des incels avec la capture d'écran de son ordinateur. La première fois que je l'ai vu, c'est le sujet qui m'avait plu, mais en le revisionnant cette année, j'ai compris le choix de la capture d'écran. Comment filmer des espaces qui n'existent que sur Internet ?
Dans la continuité de mon diplôme, j'aimerais poursuivre ma recherche autour de cette culture d'Internet et expérimenter de nouveaux moyens de monstration, comme la performance par exemple.
Instagram @caroline.merel
© Photographies 1, 2, 3, 4, 5, 6 de Caroline Merel
© Photographies de Pierre Grasset







