
La formation d'une coquille d'œuf prend environ 20 heures. Vingt heures consacrées uniquement à la coquille et puis, elle est jetée, sans qu'on y réfléchisse à deux fois. Ce projet est né de là. Pas d'un matériau jeté, mais d'un temps jeté, d'un travail biologique invisible, jamais vu, jamais compté.
Chaque année en France, 6,7 milliards de coquilles disparaissent, soit 15 millions d'années biologiques consécutives effacées sans être vues. Ce chiffre ne dit pas quelque chose sur les déchets. Il dit quelque chose sur notre rapport au temps qui n'est pas le nôtre. Il y a beaucoup plus dans une coquille d'œuf que le fait d'être un sous-produit. C'est un design biologique, produit uniquement par les femelles. C'est une architecture vivante, entièrement féminine et invisible.
Inspiré par Mierle Laderman Ukeles et son Manifesto for Maintenance Art, ce projet devient lui-même un manifeste. Celui que la poule ne peut pas écrire. Un manifeste non pas en mots, mais en matière.
À partir de la recette de Sofia Perales (coquille, gélatine, eau), j'ai façonné un biomatériau et développé une technique d'impression 3D manuelle. Avec cette matière, j'ai créé des vases qui ne contiennent ni fleurs ni eau, mais du temps. Un temps qui était mesuré, traversé et respecté. Ce projet est un hommage au pouvoir silencieux qui fabrique le vivant sans jamais demander à être vu.
À propos d'Alja Mlekuž
Je m'appelle Alja Mlekuž et je suis designeuse, et surtout curieuse. Je m'intéresse à la matière, à ce qui demande du temps, à ce qui ne vient pas facilement. J'aime apprendre, expérimenter, me confronter à des techniques que je ne maîtrise pas encore et apprivoiser de nouveaux savoir-faire. Pour demain, je veux continuer à explorer ces sujets qui méritent d'être vus, et donner une forme sensible à ce qui reste souvent silencieux et négligé.
Instagram @lek.allie
©Alja Mlekuž
©Photographies de Pierre Grasset









