Revue

Azimuts – Design Art Recherche n°61

Pourquoi continuer à produire des objets aujourd’hui ?

Azimuts Design Art Recherche n°61

par Sandra Jacquier

La revue Azimuts – Design Art Recherche consacre son 61e numéro, à paraître au printemps 2026, à répondre à l’interrogation : Pourquoi continuer à produire des objets aujourd’hui ?

Pourquoi continuer à produire des objets aujourd’hui ? Dans un monde saturé d’artefacts et confronté à l’urgence écologique, la légitimité même de produire semble vaciller. À partir de cette question, le numéro 61 d’Azimuts rassemble designers, chercheur·ses, artistes et étudiant·es autour des pratiques contemporaines de l’objet. 
Les contributions réunies explorent différentes manières de concevoir aujourd’hui : produire autrement, réparer, maintenir, transmettre, ou parfois choisir de produire moins. L’objet y apparaît tour à tour comme archive vivante, trace d’un territoire, médiateur de relations ou support de mémoire.
À travers ces approches se dessine une vision du design attentive aux milieux, aux gestes et aux ressources, un design qui interroge ce que signifie encore fabriquer.

Sommaire

p. 2 Labo Objet, Édito, Pourquoi continuer à produire des objets aujourd’hui ? 

p. 9 Gwenaëlle Bertrand, Produire pour transformer, Savoirs, pratiques et industries

p. 15 Rodolphe Dogniaux, Produire encore, Objets, pouvoir et désobéissance politique

p. 21 Coline Jeannelle, Création et procréation, Quels possibles pour les designer·e·s ?

p. 25 Aurelien Fouillet, Production psychique, production d’objets, Le design comme psychanalyse de notre présence au monde

p. 31 Lucas Carlot, Elliot Jeanneton–-Jochum, « Tu en penses quoi du design d’objet aujourd’hui ? », Dialogue entre Lucas Carlot et Elliot Jeanneton–Jochum 

p. 35 Athime de Crecy, Martin Hoffmann, L’aménagement du monde, Design et formes de vie

p. 41 Thibaut Freychet, Bonbonnière

p. 45 Marie-Aurore Stiker-Metral, Rodolphe Dogniaux, Pourquoi continuer à rêver avec les huitres ?

p. 53 Programme de recherche en art et design « Objects, Crafts & Computation », Unité de recherche ECOLAB, ESAD Orléans, DATAvessel, Objet cinéraire prospectif 

p. 59 Nassimo Rousseau, Phongsaly, Design documentaire

p. 69 Laurence Mauderli, Hiver 1976, Les Shakers sont à Paris, L’exposition « Les Shakers. Vie communautaire
et design avant Marx et le Bauhaus », du 14 janvier au 29 mars 1976, Centre de création industrielle, Centre Georges-Pompidou.

p. 83 Grégory Blain et Hervé Dixneuf (Atelier BL119), Workshop Shakers

p. 85 Camille Bosqué, Form follows ressources, Cueillir, sublimer, récolter, détourner

p. 91 Camille Bosqué, Du chantier au banquet, Notre petite manufacture de bols en terres excavées

p. 97 Cahier d’images

p. 113 Elen Gavillet, Club lecture

p. 123 Emile De Visscher, Designer la matière noire, Révéler et transformer les écologies de production

p. 131 Gregory Granados, Rémanences, Cedric Breisacher et Olivier Bemer

p. 139 Marielle Granjard, Le territoire comme matériau du design

p. 145 Goliath Dyèvre, Trajectoire

p. 149 Adelie Lacombe, Dorian Reunkrilerk, Anais Texier, Écologies de la friction, Gestes pour un désœuvrement matériel du design public & Catalogue des objets trouvables du design en milieu public

p. 158 Maxime Jambon-Michel, Sarah Not, Édito graphique

p. 160 Colophon et remerciements

Édito

Pourquoi continuer à produire des objets aujourd’hui ?

Le thème du numéro 61 d’Azimuts est né au sein du « Labo d’Objet », laboratoire de recherche de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne. Nous sommes cinq designers, Elen Gavillet, Marie-Aurore Stiker-Metral, Grégory Granados, Ekatarina « Kiti » Brytkova et Rodolphe Dogniaux, et depuis nos premiers pas d’étudiant·es, une question nous accompagne, discrète mais insistante: pourquoi continuer à créer des objets ?

Aujourd’hui encore, cette interrogation traverse nos ateliers de projets. Nos étudiant·es nous la posent avec curiosité, parfois avec scepticisme, souvent avec une forme d’inquiétude. Cette question, à la fois personnelle et collective, nous a semblé un point de départ nécessaire pour ce numéro. Il ne s’agit pas d’y apporter une réponse définitive, mais de l’ouvrir, de la déplacer, de la faire circuler à travers une pluralité de voix, de pratiques et de sensibilités.

Dans un monde saturé d’objets, confronté à l’urgence climatique, à l’épuisement des ressources, à la pollution et à la fragilisation des écosystèmes, la légitimité même de produire vacille. L’objet, longtemps emblème du progrès industriel, se retrouve aujourd’hui chargé d’ambivalences : désir et culpabilité, nécessité et excès, attachement et rejet. Comment, dans ce contexte, continuer à concevoir sans reconduire les logiques d’épuisement ? Quelles formes, quels gestes, quelles valeurs peuvent encore justifier l’acte de production ?

Plutôt que de restreindre la réflexion, nous avons choisi de l’élargir. Designers, chercheur·euses, artistes et étudiant·es ont été invité·es à partager leurs engagements, leurs pratiques, leurs doutes. Les contributions réunies dans ce numéro proposent un regard attentif et ouvert sur la création contemporaine. L’objet y apparaît tour à tour comme archive vivante, trace d’un territoire, prolongement du corps, médiateur de relations sociales, support de mémoire, espace de résistance. Il devient prétexte à raconter autrement nos manières d’habiter le monde.

Certaines pratiques interrogent le geste à sa source : la matière, le contact, l’usure, la lenteur. D’autres déplacent la production vers l’attention, la réparation, la maintenance, la transmission. D’autres encore investissent la spéculation, la fiction, le symbolique, pour faire émerger d’autres récits possibles de la culture matérielle. Ici, l’objet n’est jamais uniquement une finalité : il devient relation, processus, situation, parfois même renoncement à produire davantage.

Plusieurs textes interrogent la culpabilité liée à la fabrication, en la mettant en regard de la surabondance, de la fertilité, du maternage, de la responsabilité. Produire n’est plus uniquement « faire », mais aussi maintenir, réparer, accompagner, transmettre. L’acte de création se déplace de la performance vers l’attention, de l’innovation vers la justesse, de la nouveauté vers la transformation des usages et des regards.

À travers ces approches, une autre vision du design se dessine : un design attentif aux milieux, aux corps, aux histoires, aux ressources locales, aux gestes invisibles, aux infrastructures matérielles et sociales. Un design qui accepte de composer avec le temps long, avec l’incertitude, avec l’inachevé. Un design qui ne cherche plus seulement à ajouter des objets au monde, mais à y ménager des espaces de relation, de réparation et de narration.

Ce numéro est également un terrain d’expérimentation graphique. Nous accueillons deux graphistes, Maxime Jambon-Michel et Sarah Not, qui ont accompagné sa mise en forme, explorant la mise en page comme un espace de recherche. Ici, la forme éditoriale dialogue avec le contenu : elle organise, oriente, suggère des lectures, comme les objets eux-mêmes, qui ordonnent, transforment et incarnent des manières de vivre.

Produire des objets aujourd’hui n’est donc plus seulement un acte de fabrication. C’est un geste sensible, politique, critique et réflexif. Produire, c’est inventer des relations, prolonger la mémoire d’un lieu ou d’une matière, accompagner des usages, parfois accepter de moins produire pour mieux transformer. C’est expérimenter d’autres manières de faire monde. À travers ce numéro, nous invitons le·la lecteur·rice à prendre part à cette conversation ouverte, à traverser les tensions, les doutes, mais aussi les élans qui animent les pratiques contemporaines du design.

En somme, ce numéro 61 d’Azimuts est une invitation à continuer, malgré le trop-plein, l’urgence et les contradictions. Il rappelle que créer des objets n’est jamais simplement fabriquer : c’est réfléchir, inventer et faire exister des mondes. La question « Pourquoi produire encore des objets ? » n’est pas un doute passager, mais un moteur critique qui engage le rôle du·de la designer, la place des objets dans nos vies et les formes d’une création à la fois responsable et poétique. C’est un appel à concevoir autrement : en conscience, avec exigence, soin et sensibilité.

Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel
Azimuts 61 © Sarah Not et Maxime Jambon-Michel

Auteur·e·s

Gwenaëlle Bertrand est designer et maître de conférences en design à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, où elle est membre de l’unité de recherche Études du Contemporain en Littératures, Langues, Arts (ECLLA). Ses travaux de recherche portent sur les relations entre le design et les industries (« Voir dans les débuts du Tim Thom (1993-
1996) une scène de recherche en design », Sciences du Design, 2023), ainsi que sur l’influence des techniques dans la conception et la production d’artefacts (MàJ. Design, environnements techniques & pratiques exploratoires, Cité du Design, 2021). Elle développe également des projets interdis- ciplinaires croisant design et sciences, théories et pratiques (« Générer par l’IA. Assimiler par le design », Azimuts, 2024). 
Parallèlement, elle s’intéresse à l’enseignement des processus de conception par le projet, où la typification en constitue un principe majeur(« L’approche par la typification dans les formations en design », JREA, 2024).

Kiti est designeure, chercheuse et artiste. Elle a achevé son parcours de post-master en 2025. 
Parallèlement, elle a mené des recherches dans le cadre de la résidence « Céramique comme expérience » à l’ENSA Limoges, dont les résultats ont été présentés dans plusieurs galeries d’art ainsi que lors d’évènements majeurs, tels que la Biennale Internationale Design Saint-Étienne, la Dutch Design Week à Eindhoven, la Milan Design Week et la Biennale de la céramique de Faenza. Diplômée en 2021 de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne en design d’objet, elle a été lauréate du Prix Design et Innovation 2022. 
Cette distinction lui a permis de bénéficier du soutien de la Galerie Surface, qui a accueilli sa première exposition personnelle.

Rodolphe Dogniaux est designer et professeur en DNSEP Design d’objet à l’ESADSE, où il est membre du Labo d’Objet. 
Il interroge ce que signifie produire un objet aujourd’hui, explore ses formes, usages et récits, et défend un design attentif, critique et respon- sable. Diplômé de l’ENSAAMA et de l’ENSCI-Les Ateliers, il est également fondateur du blog Design Matin.

D’abord diplômée en scéno- graphie, du spectacle vivant jusqu’au musée, elle étudie désormais le design d’objet à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne. 
Actuellement en dernière année, ses recherches explorent des thématiques sociales comme le soin, le pouvoir, l’éducation et l’alimentation. L’exécution de sa pratique se veut précise et ludique. Son mémoire de fin d’études traite de la symbolique des pâtes ainsi que leurs liens au peuple et au design.

Enseignant-chercheur, habilité à diriger des recherches, à l’ENSCI-Les Ateliers, membre du CRD et responsable du Master Spécialisé Création et Technologie contemporain. 
Auteur de La vie des objets (éditions Ateliers d’art de France, 2022) et de Playtime (éditions les Pérégrines, 2022). 
Mes recherches portent actuel- lement sur l’art magique et le design au travers du personnage de Jean-Eugène Robert-Houdin

En 5e année, à l’Esadse, souvent en bleu de travail, carburant au café et apparemment toujours chic. Lucas s’est orienté vers le design pour sa dimension formelle, car l’ingénierie manquait pour lui de sensibilité. 
Face à son travail, il fait preuve d’une indécision et interroge chacun de ses choix jusqu’à trouver la satisfaction. 
Intéressé par les pratiques artisanales et davantage industrielles, il questionne dans son mémoire comment le design et les savoir-faire s’influencent aujourd’hui.

-5° à Saint-Étienne, toujours en tee-shirt et jamais sans sa sacoche banane, Elliot est un étudiant de 5e année à l’Esadse. Mangeur de copeaux depuis l’enfance, il s’est orienté vers le travail du bois : la sculpture, qu’il a apprise pendant 6 ans. Entre artisanat et design, Elliot s’intéresse à l’influence des objets sur les humain·es, son mémoire porte sur l’impact du rite de passage dans les sociétés, et interroge de nouveaux moyens de l’introduire.

Athime de Crécy est un designer basé à Paris. Il étudie à l’École cantonale d’art de la ville de Lausanne (ECAL) en Suisse jusqu’en 2017. Il intègre ensuite UBIK pour devenir l’un des plus proches assistants de création de Philippe Starck. 
Après cinq années passées à travailler avec les plus prestigieuses firmes mondiales de l’ameublement et du luminaire sur des projets industriels d’envergure tout en continuant à produire indépendamment, Athime décide de se consacrer pleinement à sa propre structure en début d’année 2022 pour se concentrer sur la vision du design qui l’habite et les objets qu’il imagine.

Diplômé de l’ENS de Lyon, Martin Hoffmann est agrégé de philosophie et doctorant à Sorbonne Université (Paris 4). 
Ses recherches portent sur la philosophie des sciences, et notamment sur les relations entre la biologie évolutive et les sciences humaines. 
Il cultive depuis des années un intérêt marqué pour la philosophie des techniques et l’esthétique, l’amenant naturellement à s’interroger sur la pratique et les enjeux du design. 

Formé au design à l’Université Jean Monnet et à l’École supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne, Thibaut Freychet développe une pratique reliant dispositifs partici- patifs, céramique et design territorial. En 2022, il fonde le studio pensez design, dédié aux professionnels de la gastro- nomie et aux arts de la table, où il explore céramique et verre soufflé. Auteur et commissaire, il questionne le rôle du design contemporain. Il vit entre Saint-Étienne et l’Ardèche, poursuivant une recherche sur le lien entre création, céramique, territoire et savoir-faire artisanaux.

Marie-Aurore Stiker-Metral est designer, enseignante et membre du Labo d’Objet de l’ESADSE. 
Elle est diplômée de l’ENSCI- Les Ateliers et d’une maitrise de philosophie à l’Université Paris X-Nanterre.
Son travail est basé sur l’expérimentation, les matériaux et les procédés de fabrication.
Son intérêt pour les savoir-faire et leur mise en valeur dans des créations contemporaines s’est concrétisé à travers de nombreuses collaborations et résidences.
Sa démarche a été saluée par l’Académie des Beaux-Arts avec le prix Pierre Cardin, les Audi Talents Awards, la Ville de Paris (Visa pour Osaka), le VIA (Valorisation de l’inno- vation dans l’ameublement), la Drac Auvergne Rhône — Alpes, la Drac Pays de la Loire, la fondation Hermès… Marie-Aurore signe régulièrement des projets avec les entreprises françaises Ligne Roset et Cinna basées dans l’Ain. 
Elle a collaboré avec des arti- san·es en France, au Japon, au Vietnam, au Mali ou encore au Mexique. 

« Objects, Crafts & Computation » est l’un des trois programmes de recherche en art et design de l’unité de recherche ECOLAB de l’ESAD Orléans. Depuis 2020, il explore les interactions entre gestes plastiques, génération algorithmique de formes et physicalisation des données dans la conception d’objets et d’artefacts ; il articule savoir-faire artisanaux, voire vernaculaires, et pratiques numériques, en s’appuyant sur des processus collectifs reven- diquant coopération, réciprocité et solidarité.
L’équipe du programme est com- posée de Caroline Zahnd (direc- trice), Emmanuel Hugnot, Olivier Bouton et Sylvia Fredriksson (enseignant·es chercheur·ses), ainsi que de Batiste Wavrant et Étienne Mosnier (étudiants chercheurs en Diplôme Supérieur de Recherche en Design). Autres étudiant·es-chercheur·ses associé·es depuis 2020 : Amélie Samson, Anne-Laure Fréant, Antoine Blouin, Eva Vedel, Gabriel Martinez, Léa Fernandes, Luiz Gustavo Machado de Carvalho et Manon Souchet.

Nassimo Rousseau est un designer, artiste et fabriquant d’objets usuels basé à Paris. 
Après avoir grandi en Asie du Sud-Est, il se forme au design à l’ENSCI-Les Ateliers où il développe une appétence pour les procédés de fabrication et la photographie. Sensible aux esthétiques du quotidien, il s’intéresse à la capacité des objets ordinaires à réfé- rencer les réalités sociales, culturelles, esthétiques et productives, propres à leur environnement. À travers des projets de recherche-création qui mêlent phases d’enquêtes importantes, techniques de fabrication semi-industrielles détournées et pratique de l’image documentaire, il cherche à faire exister de nouvelles typologies d’objets en réponse à un paysage mondialisé en dégradation. Si les objets qu’il dessine sont parfois le lieu d’un dépaysement, ils sont aussi sa tentative de s’écrire une nouvelle réalité en réconciliant l’ascétisme de sa formation de créateur industriel et sa nostalgie des intérieurs chargés et foisonnants du Sud-Est asiatique.

Laurence Mauderli est historienne du design, autrice, commissaire d’exposition, enseignante de l’histoire et théorie du design (Ecole supérieure d’art et design/ Cité du Design, Saint-Étienne). 
Elle est docteure en art et science des arts (Université Toulouse Jean Jaurès) et diplômée du Victoria & Albert Museum/Royal College of Art History of Design Postgraduate Programme. Elle a été co-commissaire de la collection Design du Museum für Gestaltung de Zürich et a contribué à plusieurs expositions portant sur le design (Victoria & Albert Museum, Centre Georges- Pompidou). Elle est la commissaire de la première exposition de la nouvelle Galerie nationale du design, Saint-Étienne, qui a pour titre « Design en main. Du langage à l’objet » et qui ouvrira ses portes en juin 2026.
Ses publications et ses projets portent sur le design et la culture matérielle et leurs multiples concepts et applications historiques et contemporaines.

Camille Bosqué est designer, docteure en Esthétique et design et enseignante agrégée d’arts appliqués. Elle enseigne le design d’objet à l’École Boulle et à l’Ensci - Les Ateliers (Paris). Spécialiste des pratiques amateures liées au développement des technologies de fabrication numérique et à la multiplication de FabLabs et autres ateliers collectifs, elle a publié Open Design. 
Fabrication numérique et mouvement maker aux Éditions B42 en 2021. En 2024, elle a publié Design pour un monde fini, Lexique à l’usage de celles et ceux qui veulent maintenir l’habitabilité du monde, aux Éditions Premier Parallèle. 
C’est un livre qui traverse plusieurs questions clés pour 
les designers contemporain·es et qui dresse un panorama d’enjeux incontournables pour les générations de desi- gners actuelles et à venir. 
En parallèle de ses activités d’enseignante- chercheuse, elle mène depuis 2018 des ateliers de céramique dans différents contextes et auprès de publics variés, lors desquels elle explore les propriétés et les couleurs des terres excavées sur les chantiers d’Île-de-France.

La designer franco-suisse Elen Gavillet fonde son studio en 
2017. Aujourd’hui, elle mène ses projets personnels parallèlement à l’enseignement. Auparavant, elle a travaillé aux côtés du designer Patrick Rampelotto et dans le studio EOOS Design à Vienne, en Autriche. 
Elle y concevra scénographies, accessoires et mobiliers. 
En 2018, elle est finaliste du concours lancé par Linkcity Sud-Est avec son lustre Olumine installé dans le siège de la Caf-Loire, qu’elle fera réaliser par les verreries de Bréhat, avec qui elle continue de travailler. 
Elle remporte en 2021 le 2e prix du concours La Boule Art Déco des Émaux de Longwy avec son vase Cosse qui sera réalisé en édition limitée. Dans son travail et par ses collabora- tions, Elen tente de contribuer à la préservation des savoir-faire artisanaux ; avec les fabricants industriels, la designer joue avec les capacités techniques de ceux-ci afin d’ouvrir l’horizon formel des objets qu’elle dessine.
Son travail de recherche interroge la place du sacré dans l’espace domestique. 
Elen observe les interstices où se loge le spirituel, les fragments de vie, les objets qui assemblés créaient un cosmos sacré cohérent. Elle étudie la manière dont nous façonnons nos propres objets dévotionnels pour générer des « expositions mémorielles individuelles ». 
Nos intérieurs deviennent des cabinets de curiosités où une sacralité réside dans les objets dont seul le propriétaire en a l’explication. Elen dessine des objets-temples qui servent à contenir ces reliques person- nelles, archives de la mémoire, grigri, photos ou talismans précieux. Toutes ces formes qui détiennent nos croyances secrètes, nos espoirs, un monde invisible, et répondent à la nécessité de se retrouver soi-même en créant un chez-soi cohérent.

Emile De Visscher est ensei- gnant-chercheur, ingénieur et designer à l’ENS Paris-Saclay. 
Sa thèse, soutenue en 2018 dans le programme SACRe à l’ENSAD, intitulée « Manufactures techno- phaniques », explorait les conditions d’invention de procédés techniques appro- priables par le plus grand nombre. Il a ensuite réalisé un postdoctorat au cluster d’excellence « Matters of Activity » de l’Humboldt- Universität zu Berlin entre 2019 et 2023. Depuis, il a rejoint l’équipe du Centre de Recherche en Design (CRD), commun à l’ENS Paris-Saclay et à l’ENSCI–Les Ateliers, en tant que titulaire de la chaire de professeur junior « Design pour les transitions écologiques ». 
Il développe différents projets de technologies ou de matériaux nouveaux afin de combiner production et remédiation.

Au travers de films, d’instal- lations, d’objets et d’images, le travail d’Olivier Bémer explore notre relation aux outils techniques en tant que moyen de représentation, et dépeint une réalité frelatée dans laquelle des archétypes simulent mais échouent à représenter.
En utilisant des outils à contre-emploi ou au moyen de mise en scène absurde, ses installations s’amusent à détourner la forme de la fonction et la machine de l’apprentissage. Son travail cherche à envisager la technique comme le symptôme de notre profonde inadaptation au monde.
Dans un environnement de plus en plus rationalisé par la numérisation des échanges, des paradoxes émergent ici et là d’un océan statistique saturé d’informations. Si bien que les objets nous pré-mâchent le réel pour le rendre plus digeste au risque d’en ôter le goût. 
L’oisiveté est alors abandonnée au profit de chemins mieux balisés — confortables mais très empruntés. Les stéréotypes y déambulent maladroitement et manquant de récit pour mieux s’articuler, ils échouent à raconter. Le futur peine donc à se réaliser.
Né à Paris en 1989, Olivier Bémer vit et travaille à Marseille. 
Il est diplômé de l’ECAL, des Beaux-Arts de Paris et du Fresnoy — Studio national. Son travail a été présenté dans de nombreuses expositions collectives — notam- ment à la Fondation Emerige, la Fondation Fiminco, au CWB Paris, à la Fondation Pernod Ricard, et prochainement à la Biennale Chroniques d’Aix-en-Provence — ainsi que dans des expositions personnelles, notamment au Fonds de dotation Weiss à Paris et prochainement au Centre d’art Fernand Léger de Port-de-Bouc. 
Son travail a également été montré lors de festivals de films, notamment au Festival international du film d’animation d’Annecy. 

Cedric Breisacher développe un design narratif ancré dans la matière. Sa pratique interroge l’usage de nos ressources et recrée un lien sensible entre l’objet, le lieu et le vivant. 
En incluant son propre corps dans le processus de fabri cation de l’objet, il crée un lien entre l’être humain et la matière où l’outil devient un médiateur de la relation entre deux êtres.
Après un passage à l’ENSCI- Les Ateliers, il développe une méthodologie de recherche sur le réemploi des rebuts dans la création de nouvelle matérialité et fait de son atelier une unité de production circulaire. Situé au Jardin des métiers d’Art et du Design à Sèvres (Le JAD), il explore les notions de localité et de circularité, où il utilise ses copeaux comme une (re)source de matérialité permettant de repositionner l’objet dans une localité et une historicité.

Né en 1991, Gregory Granados est un designer français, établi à Saint-Étienne. 
En plus de ses formations en ébénisterie, lutherie et menuiserie, il obtient son DNSEP à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne en 2018, où il enseigne le design d’objet depuis 2021 en parallèle de sa pratique. Lauréat du Grand Prix Design Parade Hyères en 2019, Gregory Granados est un designer dont le corpus se développe autour d’une économie de récupération, fondée sur l’attention portée aux matériaux délaissés, aux objets en marge, aux formes déjà-là. Sa méthode, comme il l’a décrit, s’articule autour de trois verbes — récolter, fractionner, assembler — et explore les potentiels plastiques, symboliques et fonctionnels de fragments collectés, qu’il réactive par le geste et l’imaginaire. Il sélectionne, identifie et fusionne tout en laissant son sujet se mettre en place à travers la manipulation de la matière, résultant en une création organique. C’est cette démarche que le designer qualifie de posture « opportuniste » ; il ne crée pas ex nihilo, mais compose avec des éléments existants auxquels il octroie de nouveaux usages.

Fondatrice de l’atelier Matière Grise Ydes (Cantal), Commissa- riat d’exposition et Conseil.
Pensionnaire à la Villa Médicis à Rome en 2000. Prix de la Jeune Création Métiers d’Art mention éco-conception (Ateliers d’art de France) en 2003. Professeure agrégée et Docteure en Sciences de l’art, enseignante à l’École Duperré Paris.

Goliath Dyèvre est designer, il a été élève de l’ENSCI-Les Ateliers où il enseigne aujourd’hui. 
Depuis 10 ans, ses projets de design objet s’orientent vers la recherche et questionnent les grands enjeux du design tant au niveau historique, symbolique et matériel qu’au niveau de la méthodologie de projet. 
Il revient aux bases du design avec notamment une réflexion sur la préhension des choses, la morphogénèse ou l’imaginaire industriel. En 2015 il effectue une résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, il y rencontre entre autres l’artiste Grégory Chatonsky avec qui il collabore depuis sur le projet The augmentation of things. Actif en scénographie et en design d’intérieur dans le milieu de la mode et du luxe, il a, entre autres, réalisé les vitrines des boutiques Hermès en 2020 avec le projet Planète Blanche. Il a récemment conçu un concept store 
pour la marque japonaise HIS

Spécialisée dans la conception des services et les politiques publiques, Adélie Lacombe utilise les outils du design industriel et de l’intelligence collective pour transformer les processus administratifs et politiques en les rendant plus accessibles, inclusifs et efficaces. Diplômée en création industrielle à l’ENSCI-Les Ateliers en 2017, elle a travaillé en tant qu’indépendante auprès d’entités publiques (Ademe, APHP, CMJC, FNAU, ministère des Armées…) et de collectivités locales (Grenoble-Alpes Métropole, Dunkerque…), avant de rejoindre la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) où elle accompagne les administrations centrales dans la conception et l’amélioration de leurs services et politiques publiques. Elle est aujourd’hui designer et enseignante à l’ESAD de Saint-Étienne. Passionnée par les dispositifs pédagogiques et de médiation de la pensée complexe, elle développe des méthodes d’intelligence collec- tive, appuyées sur des outils concrets, conçus selon les contextes précis.

Anaïs Texier travaille au ser- vice des politiques publiques, où elle interroge avec les agent·es la compréhension fine des usages et la conception de solutions adaptées aux enjeux de terrain des services. Elle conçoit des démarches d’enquête, analyse les irritants et les besoins, puis structure des par- cours et contenus qui facilitent l’accès aux services et aux démarches publics. Son travail se caractérise par une attention particulière à la clarté, à la preuve d’usage et à la qualité de la relation entre adminis- trations et citoyen·nes. En mobilisant la co-construction, le prototypage et l’écoute, elle contribue à faire évoluer les organisations publiques vers des pratiques plus humaines, plus utiles et plus soutenables. 
En parallèle, elle enseigne en tant que vacataire dans des formations dédiées au design et à l’innovation publique, et documente l’engagement du métier de designer et designeuse avec son collectif de podcast Design Master Class.

Dorian Reunkrilerk est chercheur associé à l’axe Design, Arts, Médias de l’Institut Acte, Université Paris I Panthéon-Sor- bonne et à l’équipe de recherche de Strate École de design. Sa recherche explore comment le design contribue à façonner des futurs « ordinaires », ancrés dans des matérialités situées. 
Pour cela, il s’intéresse à la manière dont la participation, à la fois comme processus et comme finalité, peut être incarnée par le design. Cette approche convoque à la fois les sciences du design (codesign, design de services) et des notions issues des SHS (infrastruc- tures, médiation, médias) et s’appuie sur des terrains où les pratiques de design ne sont pas pré-existantes. Cette exploration l’a ainsi amené à travailler de façon intégrée dans des institutions muséales, organisations privées ou encore administrations publiques (ministère de l’Éducation nationale).

Labo d’Objet

Ce numéro est porté par l’équipe du Labo d’Objet de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne. Labo d’Objet développe un programme de recherche « Objet-centré » qui concerne les conditions de possibilité, aujourd’hui, d’un design d’objet. L’équipe constatant que l’objet, représentant de la création industrielle et symbole de ses contradictions, se trouve désormais pris dans une aporie, s’est engagée dans une interrogation radicale de l’objet-à venir. Il fait partie de l’Unité de Recherche Design & Création de l’Esadse, soutenue par la Direction générale de la création artistique du ministère de la Culture.

Voir aussiLabo d’Objet

Éléments techniques

Azimuts - Design Art Recherche 61

Distributeur et diffuseur : les presses du réel
Éditeur : Cité du design - Esadse
Parution : printemps 2026
Langues : français
Format : 165 × 220 mm
Pagination : 164 pages
ISSN : 1160 9958 · 61
ISBN :  9782492621321
Prix : 25 €


Disponibilité

À paraître (22 avril 2026)

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azimuts@esadse.fr


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