Entretien

Le Jardin Denfert : un nouveau jardin partagé au cœur de Saint-Étienne

Itinéraire bis : rencontre avec Pierre Gioia, co-fondateur de l’association la Ferme en Chantier

par Julie Guyon

Jardin Denfert © La Ferme en Chantier

Initié par l’association La Ferme en Chantier et l’Établissement public d’aménagement de Saint-Étienne (Epase), le Jardin Denfert est un jardin partagé en plein cœur du quartier Châteaucreux situé au carrefour des avenues Dalgabio et Denfert Rochereau, à la place de l’ancienne friche Hertz, au pied de la Cité Grunër. Il accueille aujourd’hui les habitants du quartiers et quatre classes de CP, CE1 et CE2 de l’école Gaspard Monge qui viennent régulièrement jardiner. Des ateliers de sensibilisation à l’agriculture urbaine sont également ouverts au public. Au programme : solidarité alimentaire, apprentissage des techniques de jardinage, connaissance des saisonnalité et découverte des plantes et autres légumes. Le jardin comporte des bacs de plantation accompagnés d’un cabanon et d’outils, d’une réserve d’eau et d’une zone de compostage.

Rencontre avec Pierre Gioia co-fondateur de l’association la Ferme en Chantier

Quels projets mène votre association La Ferme en Chantier ?
La Ferme en Chantier est une association stéphanoise née le 15 janvier 2016. Son but est de requalifier des friches et/ou des espaces délaissés dans le but de co-créer avec les habitants et les associations des paysages comestibles lors de chantier participatif. Elle développe l’autonomie alimentaire autour de différents vecteurs comme le lien social, la permaculture, l’économie circulaire ou encore le champ de l’économie sociale et solidaire. Au départ l’idée était de faire une ferme urbaine sur le principe de la permaculture. Puis on a réaménagé un square dans le quartier Tarentaize avec un jardin pédagogique et une zone en friche en mode déchetterie sauvage qu’on a transformée en un jardin pour l’Amicale laïque de Beaubrun. On proposait des temps conviviaux, des animations et des ateliers jardinage pour les enfants ainsi que des repas partagés au bénéfice des habitants d’ultra proximité de la rue qui sont aujourd’hui les principaux usagers. On a aussi récupéré une friche sur le quartier de Tarentaize Beaubrun au 20 rue Paul Vaillant-Couturier, un délaissé d’un bailleur social Néolia à l’époque, puis on l’a transformé en verger partagé en utilisant une technique de jardin forêt sur 700m2. Nous sommes également intervenus sur différentes structures et sur différents programmes comme la reconquête du jardin de Terrenoire. L’année dernière nous avons distribué plus d’une centaine de paniers solidaires au bénéfice des habitants de Tarentaize et de Terrenoire. On a aussi développé d’autres projets de création avec des usagers de l’Asile de nuit, des jardins pédagogiques dans ou autour des écoles.

Comment la Ferme en Chantier a été impliquée sur le Jardin Denfert ?
Le Sens de la Ville, un cabinet d’urbanisme, a repéré la Ferme en Chantier sur facebook. Il y avait une mission avec un cabinet d’architecture et puis d’autres d’essayer de proposer un projet sur la friche Hertz dite des « Mikado », située entre le boulevard Denfert Rochereau et le boulevard Dalgabio à Saint-Étienne. J’ai conçu un espace et des usages pour cette friche autour du jardinage au bénéfice des écoles et des habitants du quartier toujours sur le même principe des animations pédagogiques : faire venir les familles des scolaires et avoir des permanences ouvertes au public. On avait une contrainte de l’installation en type hors sol qui a conditionné l’agencement en ilots très segmentés. De par cette obligation d’avoir du jardinage hors sol on a pensé ces bacs avec un esprit le plus ergonomique possible pour les enfants et pour les adultes.

Il y une tradition stéphanoise avec les jardins ouvriers qui apparaissent à Saint-Étienne dès la fin du XIVe, quelles est la différence avec les jardins partagés d’aujourd’hui ?
Ce n’est plus les mêmes enjeux, pour nous il s’agit avant tout d’une école du partage et d’une école de l’appropriation d’un espace public. Avec les enfants, on aborde avec beaucoup de pragmatisme des thématiques d’amélioration du cadre de participation citoyenne et de la propreté des espaces publics. Apprendre à jardiner, apprendre à partager, apprendre à oser investir un lieu aussi, faire des propositions, apprendre à collaborer dans un projet. Ce n’est pas du tout la même chose que si vous venez jardiner seul sur une parcelle pliée à un règlement. Nous on fonctionne sans charte. On fonctionne au bon sens. On n’a pas besoin d’écrire cinquante pages pour qu’une personne ne prenne pas toutes les courgettes. Il s’agit d’intelligence collective. Et cette parole là je ne suis pas le seul à la porter. D’autres usagers sont déjà très investis dans le lieu. Ils prêtent main forte lors des permanences et relayent des valeur de partage et de solidarité.

Qu’est-ce qui fait la réussite de ce genre de projet ?
Ce qui fait la réussite c’est d’avoir des fonctionnement souples et intelligents. On est déjà soumis a de nombreuses injonctions quotidiennes. Certaines personnes vont replanter une fleur, d’autres vont arroser. Chacun trouve sa place assez naturellement. Et s’il y a des questions, on est aussi là pour accompagner. On a rôle de guide. Aujourd’hui le Jardin Denfert rencontre un bon succès, avec une moyenne de fréquentation de 25 personnes par semaine, avec des pics de 40-50. Je recueille des besoins des envies et j’essaye de les pousser le plus loin possible. Même si sur le Jardin Denfert c’était moins le cas, car le chantier participatif n’a pas eu lieu. On a fait l’aménagement en février sous le joug des restrictions sanitaires. Par contre, rue Paul Vaillant-Couturier on a cumulé plus de 3000 heures de chantier participatif où l’on avait pu recueillir toutes les envies des habitants.

Est-ce que l’association collabore avec des designers et des architectes ?
Oui, j’ai déjà collaboré avec Jean-Sébastien Poncet, Juan Gandulfo ou encore Sylvain Reymondon. Cela sera plutôt des collaborations privilégiées et bilatérales. Ils apportent leurs compétences en modélisation et en dessin ce qui permet d’expliciter les usages. Chaque citoyen peut être force de proposition pour défricher des nouveaux usages dans ces jardins. Comme travailler sur l’ergonomie d’un lieu pour que cela soit plus facile de faire venir une personne âgée ou élaborer d’autres outils pour faciliter le travail. Il s’agit plutôt une question d’affinités et d’agilité et comment on veut se mettre au service des besoins d’une structure, de la société ou d’un projet.

Le Jardin Denfert va t-il être pérennisé ?
C’est de l’aménagement tactique, cela va durer entre 1 an et 10 ans. Je ne peux pas vous assurer que dans 20 ans, ça sera là. Mais l’installation ne sera pas démontée l’année prochaine non plus. S’il y avait un projet qui nécessitait de démonter le jardin, il serait relocalisé dans les proches environ.

Quels sont vos projets à venir ?
On va poursuivre la création de jardins pédagogiques. Il y aura peut-être aussi une intervention autour du Jardin Denfert. On souhaite aussi être un facilitateur sur la question du compostage en milieu urbain. On va essayer de déployer plus cet aspect là qui est un peu manquant sur Saint-Étienne Métropole.


Venez jardiner chaque mardi de 17h30 à 20h au Jardin Denfert
Pour plus d’informations : 06 16 42 26 90
lafermeenchantier@lilo.org @lafermeenchantier

par Julie Guyon


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