Communiqué de presse

Une biennale reportée en 2022

par Vincent Gobber

Bifurcations © Saguez & Partners

Depuis 2019 les équipes de la Cité du design travaillent sur le thème des bifurcations, accompagnées par le territoire stéphanois et de nombreux acteurs culturels nationaux et internationaux. Ce thème explore les pistes des changements sociaux profonds que la crise sanitaire rend d’autant plus sensibles.

La Cité du design a intégré que le design est un outil de conception nécessaire pour faire face aux bouleversements profonds de la société. Et cela depuis plusieurs biennales qui ont su identifier et débattre de ces mutations.

La Biennale des Bifurcations décalée en 2022, du 6 avril au 31 juillet, perpétue cette démarche. Elle met à profit ce décalage d’un an pour mettre en avant des événements, fruits d’une réflexion collective, à retrouver sur la plateforme numérique de l’Avant Biennale.

Quel essentiel choisir ?

Le 13 novembre 2017, « Le Monde » publie la tribune signée par 15 364 scientifiques de 184 pays, annonçant qu’il sera bientôt trop tard pour infléchir l’impact négatif de l’activité humaine sur l’environnement et le climat. Quinze mille scientifiques qui annoncent la catastrophe à venir, ce n’est pas rien : nous refusons cette évidence, mais nous savons très bien, au fond de nous, qu’il est temps de bifurquer.

Presque simultanément, nous vivons l’expérience mondiale du confinement sanitaire, dont nous attendons la fin. Mais pour aller où ? Nous sommes confinés durablement dans le capitalisme dont nous n’arrivons pas à imaginer comment en sortir, c’est-à-dire concrètement, comment assurer notre subsistance, notre logistique, notre bien-être autrement.

Le concret et l’essentiel sont sur la table à dessin des designers, deux mots d’ordre qui pilotent leur pratique, et leur servent de paravent éthique. Toutefois lorsqu’ils conçoivent des objets et des systèmes qui traversent les vies et survivent bien au-delà de nos existences, leur responsabilité va au-delà de cette éthique1. Chaque objet est un composant de l’enveloppe terrestre dont il faudra gérer l’héritage jusque à sa réduction à l’état de microparticule. Ce qui est essentiel devient alors non pas l’éthique des designers seuls, mais la politique de tous.

Avant les bifurcations

L’injonction à bifurquer s’entend au XXIe siècle dans l’écho des contestations des pouvoirs dominants. Bifurquer seul, dans son mode de vie quotidien est possible, à condition que d’autres s’occupent de gérer les contingences2. Par contre bifurquer par milliards signifie la déconstruction du capitalisme dont dépend tout notre confort actuel : l’hypothèse est en débat et se prototype dans les marges. Les gilets jaunes ou les ZAD appellent à un meilleur design de la démocratie, tandis que la crise de la Covid ou la pollution de l’air et des sols renvoient à un design des systèmes techniques qui soient plus prévoyants, plus inclusifs. Le catalogue des objets bifurquants se déploie sous nos yeux à l’avant-garde des idées et nécessite une mise en forme, un new design à venir : le respect du vivant, l’égalité des genres, les communs, les pratiques amateurs, le partage, la gratuité, le salaire universel, le système D, l’open source, le logiciel libre, la démocratie technique, …

Le design en commun

A cet instant, le design bifurque lui aussi dans son mode d’agir : il sait parfaitement dessiner les objets du confort. Désormais, il anime les controverses techniques, il outille ses partenaires de méthodes de conception collaboratives, il crée des plateformes ouvertes pour accueillir dans le projet des tiers-acteurs. Ce new design matérialise dans la société en crise les nouvelles formes de la sobriété, de l’altérité, de la démocratie et du rapport au vivant. Cet outil, né du capitalisme industriel, est probablement en train de devenir l’outil des bifurcations, à condition qu’on le soumette à la critique de tous les publics, qu’on le mette en débat dès maintenant, pour mieux le solliciter : c’est l’enjeu de la 12e Biennale Internationale Design Saint-Étienne des Bifurcations.

par Vincent Gobber

1« Le design s’est construit et continue de fonctionner sur une base rationaliste et fonctionnaliste. Il lui faudra s’orienter vers un type de rationalité et de pratiques en harmonie avec la dimension relationnelle de la vie. (…) Le design est ontologique parce que chaque objet, chaque outil ou service, voire chaque récit dans lequel il s’implique, crée des manières particulières d’être, de savoir et de faire. » Escobar, Arturo. Autonomie et design (p. 50). EuroPhilosophie Éditions.
2« On attend des serviteurs qu’ils fournissent l’effort nécessaire pour que leurs maîtres les ignorent aisément et en toute sécurité », Margalit, Avishai. 1996. La société décente, Paris, Flammarion 2007.

⚠️
Votre navigateur est obsolète, l’affichage des contenus n’est pas garanti.
Veuillez effectuer une mise à jour.