
Du 2 au 6 mars 2026, l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne a accueilli trois écoles internationales afin de participer à un workshop autour de la pratique de la lithographie et de la matière imprimée : l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles (Belgique), la Faculté d’Architecture de l’Université d’Aachen (Allemagne) et la Faculté des Beaux-Arts de l’Université de Porto (Portugal). Ce projet était porté en interne par Juliette Fontaine, responsable du Pôle édition, Alexandra Caunes, responsable du Pôle photo-vidéo, Karim Ghaddab, professeur d’histoire de l’art et Apolline Sauvignet, responsable Erasmus+.
Composé de 17 étudiants internationaux accompagnés de leurs professeurs et 8 étudiants français de l’année 2 à l’année 5 des options art et design, le workshop a permis d’explorer les notions de mémoire du minéral, d’attention portée aux milieux que l’on traverse et de modes de représentations qui façonnent nos récits communs. Il s’est appuyé sur les techniques d’image imprimée proposées par le pôle édition de l’Ésad Saint-Étienne : lithographie, offset manuel, monotype et xérographie.
L’expérience pédagogique proposait, dans un premier temps, une initiation à l’éveil sensoriel du corps-récepteur ainsi que la prise de conscience de l’activité vibratoire à l’œuvre dans ce que Bruno Latour nomme «la zone critique» : cette fine couche, véritable peau terrestre, qui rend la vie possible grâce aux interactions entre le sous-sol de la planète et le cosmos.
Une initiation à la géobiologie et au maniement des baguettes de sourcier, dispensée par Peggy Mouthon, architecte diplômée d’État spécialisée dans l’habitat, a permis à l’ensemble des participants de se familiariser avec la question des flux non visibles.
L’humain connaît relativement bien la surface, en partie artificialisée au point d’entraver la respiration de cette peau terrestre. Il accorde une attention variable à la partie supérieure de la zone critique, au ciel et à ses phénomènes. Tandis que les questions de météo et de climat occupent une place centrale dans les conversations humaines. En revanche, le sous-sol et son pouvoir d’action demeurent largement ignorés et négligés : l’humain a oublié d’écouter les sous-sols et reste peu conscient de leur influence sur les êtres vivants.












Cet étonnement s’est prolongé par un journée de marche urbaine, en lien avec les recherches du collectif Topotrope, hébergé par le Laboratoire Image_Récit_Document de l’Ésad depuis 2019. Cette marche insolite, mais pleinement représentative de la fabrique de la ville, a permis d’appréhender les enjeux urbains propres à Saint-Etienne.
La marche, la cartographie et la lecture du non-visible ont constitué autant d’outils pour révéler les strates temporelles et spatiales de ce territoire, profondément marqué par l’exploitation minière propre à la région. Pierre Habig, géologue spécialisé dans la valorisation du patrimoine des temps profonds, ainsi que Ségolène Courant, responsable des collections de fossiles à l’École des Mines de Saint-Étienne, ont enrichi la découverte d’un paysage ayant abrité, il y a quelques siècles, les méconnues « montagnes de feu » stéphanoises et qui révèle aujourd’hui de remarquables arbres fossilisés datant du carbonifère.
Une visite du Musée de la Mine, incluant une descente en galerie reconstituée, lieu emblématique de la ville de Saint-Étienne, est venue prolonger ces expériences collectives.
Placée sous le signe du partage et de la construction collective, cette semaine a continué aux côtés de Baptiste Deyrail et Domizia Tosatto et Julio Bescos, artistes invités. Les participants ont ainsi été engagés dans une véritable énergie de production, orientée vers l’élaboration d’une archive vivante du terrain traversé lors de la marche. Durant trois jours, les corps en mouvement, dans une chorégraphie spontanée d’atelier, se sont naturellement orientés pour une occupation de l’espace où le plaisir d’imprimer a favorisé une exploration décomplexée des alternatives contemporaines à la pierre. Ce programme, dont chacun et chacune a souligné la pertinence, s’est terminé autour d’un banquet collectif, un banquet d’images chargées de l’attention et du soin apportés à leur émergence.
Nous croyons au pouvoir des images, à condition qu’elles orientent vers autrui, qu’elles ouvrent le champ de la curiosité, de la réflexion, et des émotions. Nous croyons en la puissance du témoignage, en l’empreinte sensible des existences qui se déploient autour de nous.
Peut-on faire advenir des formes lorsque nous passons d’abord par des sensations corporelles plutôt que par des exercices mentaux ou la conceptualisation d’une idée ?
Cette expérience pédagogique de cinq jours est celle d’une trentaine d’étudiants, techniciens, professeurs, chercheurs et artistes, immergés dans une pratique exigeante de la fabrique de l’image, à la fois intellectuelle et physique. De cette aventure, chaque participant ressort enrichi par la découverte de savoir-faire spécifiques aux différents espaces traversés mais aussi des interactions humaines dépassant les cadres traditionnels de l’enseignement, où les postures d’apprenant et de sachant se trouvent volontairement brouillées au profit d’une collaboration indispensable.
Le dispositif du programme Erasmus+ BIP* s’impose comme un format pédagogique particulièrement bénéfique pour les générations actuelles d’étudiants. La promesse de voyage crée un espace-temps propice à la rencontre, à la connaissance de l’autre, à l’apprentissage patient des gestes de production artistique ainsi qu’au développement d’une pratique nourrie par des contenus connexes (visites d’institutions, de lieux alternatifs ou encore de sites remarquables).
Pour les référents pédagogiques, en charge de l’organisation de ces temps de regroupement, ce type de partenariat constitue également un cadre fécond pour interroger les cultures pédagogiques et affirmer la portée durable de ces expériences sur les parcours individuels.
*Les Blended Intensive Programmes (BIP) sont des dispositifs développés dans le cadre du programme européen Erasmus+. Ce workshop a été soutenu financièrement par le programme Erasmus+ de l’Union européenne.






