Revue

Azimuts – Design Art Recherche n°62

Faux-voir

par Sandra Jacquier

La revue Azimuts - Design Art Recherche consacrera son numéro 62 aux questions que le faux adresse aux formes de la visibilité, que celles-ci relèvent du champ de l’art ou non. 

Pour une part, le faux est le cauchemar du visuel. Que ce soit en philosophie, en art, en droit, en épistémologie, la catégorie du faux regroupe tout ce qui est inadmissible : la simple erreur qu’il convient d’identifier puis de corriger, mais aussi la tromperie délibérée, l’imposture, le mensonge… Depuis Platon, la mimesis porte, comme un ineffaçable péché originel, la marque de l’illusion, de la corruption et de l’infériorité par rapport à un modèle idéel.

Mais d’autre part, le faux est aussi le fantasme du visuel. Dès lors qu’il est revendiqué ‒ et c’est là une ligne de partage essentielle ‒, le faux artistique devient un idéal de perfection à atteindre, un véritable objet de désir.

Les quinze contributeurs de ce numéro d’Azimuts, essentiellement des artistes, se penchent donc sur ce que le faux fait au voir, et non seulement au savoir. Que ce soit dans le champ de l’art ou dans une approche plus large de l’image ‒ produite et/ou perçue ‒, quels sont aujourd’hui les enjeux, les stratégies et les conséquences du faux ?

Sommaire

p. 03 Avant-propos    

Strass en stock : Marchands de faux
p. 07 Pierre Lagrange, Que fabrique donc La Fabrique du mensonge ?
p. 15 Jules Labatut, TRVE?
p. 27 Léo Coquet You wouldn’t design a book for a movie
p. 39 Léa Panijel, Le maillot « Cadenza ». Un blason fake et acide
p. 51 Stéphane Le Mercier, La Note Camp (et sa mélodie spectaculaire)    

Mirages et diversions : Faux-semblants
p. 59 Daniel Jablonski, La carte scolaire
p. 67 Loïc Bonche, Flies and eyes
p. 75 Geoffrey Dorne, Voir faux pour survivre
p. 84 Manon Forax et Jules Labatut, Petit index du Faux 
p. 91 Karim Ghaddab, Le faux Paris (un cas d’eidotopie)
p. 103 Luc Rochaix, Franchir    

Croire, c’est voir : L’empire des sens
p. 113 Saul Pandelakis, Fuck a Fake?
p. 121 Éric Baudelaire, What it is Of
p. 129 Lisa Manus, Locus Horribilis
p. 137 Julia Claire Reitzer, Donner corps aux absences
p. 145 Adèle Guilbault, Posseida Platuntilda, la figure de la sirène

p. 154 Index (édito graphique)    

p. 158 Remerciements & colophon    

Édito

Au début du premier mandat de Donald Trump, Sean Spicer, le porte-parole du président élu, affirma que la cérémonie d’investiture avait rassemblé une foule plus importante que pour celle de son prédécesseur, Barack Obama. Vérification faite, le 22 janvier 2017, le présentateur de l’émission politique Meet the Press demanda à Kellyanne Conway, alors conseillère à la Maison-Blanche, pourquoi Sean Spicer avait menti. Madame Conway répondit alors, en une formule qui allait faire florès : « Ne soyez pas si mélodramatique. Vous dites que c’est un mensonge, mais [il] a proposé des faits alternatifs 1. » Deux mois plus tard, devant la polémique suscitée, elle tenta de clarifier ainsi le nouveau concept : « Deux plus deux font quatre, trois plus un font quatre. Ciel partiellement nuageux, partiellement ensoleillé. Verre à moitié plein, verre à moitié vide. Ce sont des faits alternatifs 2. » 

Depuis le début du XXIe siècle, avec l’émergence des « faits alternatifs » mais aussi du storytelling, des fake news et plus encore avec les biais cognitifs produits par les algorithmes des réseaux sociaux informatiques et désormais avec l’essor des intelligences artificielles génératives, l’époque est fréquemment décrite comme « ère de la post-vérité ». 
Ce numéro de la revue Azimuts ne se propose pas d’analyser les circonstances médiatiques, politiques et technologiques de ce phénomène, mais plutôt de regarder en quoi le régime de l’art a anticipé et problématisé l’articulation dialectique entre le vrai et le faux. Les auteurs réunis ici – pour la plupart, des artistes – se penchent donc spécifiquement sur ce que le faux fait au voir, et non seulement au savoir.

L’art est confronté au faux de multiples manières, c’en est même un élément de définition possible 3 si l’on pense, par exemple, à l’épisode fondateur des raisins de Zeuxis 4. La première – qui a d’importantes conséquences scientifiques, institutionnelles, légales et financières – est celle de la contrefaçon, qui n’est d’ailleurs pas propre à l’art et pointe de façon très aiguë la relation tissée entre valeur (symbolique et/ou financière) et authenticité. 
Une autre approche tient à l’entreprise de dévoilement qu’a pu incarner la modernité : s’affranchir de l’illusionnisme pour, comme dans une opération de vérité, mettre au jour la fausseté fondamentale des processus techniques et formels traditionnels (songeons à la dénonciation de la « peinture rétinienne » par Marcel Duchamp, mais aussi, avant cela, à la célèbre définition du tableau par Maurice Denis : « Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées 5 »).

Là où la « société de l’image » du XXe siècle s’appuyait d’une part sur l’essor exponentiel de la photographie et des possibilités de reproductibilité technique (Walter Benjamin), et d’autre part, sur l’assimilation entre captation mécanique du réel et valeur de vérité pour supplanter la prééminence probatoire du texte et du langage, le moment de la post-vérité découple, ou plutôt inverse, la hiérarchie entre fait et visibilité. L’image n’enregistre plus un fait antérieur, objectif et autonome (le « ça-a-été » de Roland Barthes), elle produit désormais une puissance d’adhésion. Le visuel devient performatif de l’expérience vécue. 
Si Guy Debord a su diagnostiquer, dès 1967, que « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux 6 », il apparaît au XXIe siècle que la révolution se révèle effectivement permanente (comme le voulait l’Internationale Situationniste) et que le faux est tout autant et de façon indiscernable un moment du vrai. L’art contemporain et ses « pièces à confiction » (selon l’expression de Jacinto Lageira 7), mais aussi le cinéma, ses décors et ses mises en scène, les vraies-fausses archives historiques et politiques, le mimétisme animal tout comme le camouflage militaire, la fabrication des émotions et des sensations, les contrefaçons de la marchandise, ainsi que les phénomènes parascientifiques (tels que la cryptozoologie ou la télékinésie) et les « théories du complot » voient fleurir d’innombrables images qui jouent de la suspension de l’incrédulité du spectateur, qu’elle soit consentie ou obtenue par manipulation. Dans toute la variété de ces mises en scène, mises en image et mises en récit, l’effet de conviction prime sur la preuve effective. « Il faut préférer l’impossible qui est vraisemblable au possible qui est incroyable 8 », affirme Aristote dans La Poétique, désignant ainsi la crédibilité – et non la vérité – comme enjeu et visée de toute forme de représentation.

Par ailleurs, la contestation du factuel révèle un état de crise bien plus profond qu’une simple dérive conjoncturelle liée aux réseaux sociaux informatiques, aux capacités de l’intelligence artificielle générative, à l’atomisation des vecteurs médiatiques et au spectaculaire regain des populismes. La mise en doute – sinon l’effondrement – des « grands récits » (Jean-François Lyotard) entraîne un régime de suspicion généralisée. Le vrai souffre d’un soupçon radical, voire d’une mise en cause de principe, depuis qu’il a été invoqué pour légitimer toutes les idéologies qui prétendent imposer le seul point de vue juste et pur, s’enraciner dans une science de la nature sacralisée, définir des identités monolithiques, promouvoir un sens de l’histoire globalement assimilé à un progrès indiscutable, revendiquer un « bon sens » qui relèverait de l’évidence (celle de ce qui se voit, purement et simplement) et qui, par conséquent, ne nécessiterait aucune argumentation. Dès lors, la raison elle-même apparaît comme un lit de Procuste qui mutile les expériences marginales ou minoritaires.

À l’inverse d’une vérité immuable, l’art produit des apparences mouvantes et chamarrées, insaisissables par les filets de la définition. Selon Deleuze, « seul l’artiste créateur porte la puissance du faux à un degré qui s’effectue, non plus dans la forme, mais dans la trans- formation. […] Métamorphose du vrai. Ce que l’artiste est, c’est créateur de vérité, car la vérité n’a pas à être atteinte, trouvée ni reproduite, elle doit être créée 9. » Peut-être la dynamique interne qui anime la trinité vrai-image-faux est-elle éclairée par la déclaration de Picasso qu’Orson Welles cite comme une conclusion, à la toute fin de F for Fake (1973) : « L’art est un mensonge qui nous fait comprendre la vérité 10. » Le faux, c’est le virus du doute, qui démasque la vérité et met en crise toutes les rhétoriques de la pureté, de l’identité, de l’idéologie, de l’éternité et de la transcendance.

Karim Ghaddab – Laboratoire d’Expérimentation des Modernités (LEM)

1 Entretien avec Chuck Todd, journaliste et directeur de l’information, dans l’émission Meet the Press, NBC, 22 janvier 2017 (traduction personnelle). 
2 NUZZI Olivia, « Kellyanne Conway Is the Real First Lady of Trump’s America », New York Magazine, Intelligencer, 18 mars 2017 (traduction personnelle). 
3 Parmi les nombreuses expositions prenant le faux comme thème explicite, citons « Vraiment faux », à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (Jouy-en-Josas, 1988), « Expérience n°5 : Faux-semblants », au Musée des beaux-arts de Tours (2011-2012), « Fake News : art, fiction, mensonge », à l’Espace Fondation EDF (Paris, 2022), l’exposition itinérante « Fake for real », à la Maison de l’histoire euro- péenne (Bruxelles), puis Thessalonique (Grèce), Sofia (Bulgarie), Budapest (Hongrie), Gdansk (Pologne), Kristianstad (Suède) (2024-2026), « Faux et faussaires, du Moyen Âge à nos jours », Archives nationales de Paris (2025- 2026), « Copistes » au Centre Pompidou-Metz (2025-2026), ainsi que l’exposition que nous avons nous-mêmes organisée, « News of the fake », à l’Orangerie du château (Sucy-en-Brie, 2018). Les artistes participants à cette dernière exposition étaient : Éric Baudelaire, Ghyslain Bertholon, François Boisrond, Rémy Hysbergue, Aurélien Maillard, Vassilis Salpistis et Marie Voignier. Pour la seule année 2025, plusieurs évènements éditoriaux attestent de l’actualité du thème : « Le vrai, le faux », Festival d’Histoire de l’Art, 14 e édition (INHA/Château de Fontainebleau, 2025), « Le faux », La Recherche, n°582, juillet/septembre 2025, ou encore la série estivale du quotidien Libération, « 100 % pur leurre », été 2025. 
4 Pline l’Ancien rapporte le concours de peinture qui a opposé Zeuxis et Parrhasios : « Zeuxis apporta des raisins peints avec tant de vérité, que des oiseaux vinrent les becqueter ; l’autre apporta un rideau si naturellement représenté, que Zeuxis, tout fier de la sentence des oiseaux, demanda qu’on tirât enfin le rideau, pour faire voir le tableau. Alors, reconnaissant son illusion, il s’avoua vaincu avec une franchise modeste, attendu que lui n’avait trompé que des oiseaux, mais que Parrhasios avait trompé un artiste. » (Pline l’Ancien, Histoire naturelle, Livre XXXV, chap. 36, § 5). 
5 Maurice Denis, sous le pseudonyme Pierre Louis, « Définition du néo-traditionnisme », Art et critique, n°65, 23 août 1890, np.
6 DEBORD Guy, La Société du Spectacle, Paris, Gallimard, 1992 (1967), p. 12. 
7 LAGEIRA Jacinto, La Déréalisation du monde. Réalité et fiction en conflit, Paris, Éditions Jacqueline Chambon, 2010. 
8 Aristote, La Poétique, trad. J. Hardy, Paris, Les Belles Lettres, 1979, 1460 a-26, p. 69. 
9 DELEUZE Gilles, L’image-temps, Paris, Les Éditions de Minuit, 1985, p. 191. 
10 Contrairement à beaucoup d’aphorismes faussement attribués à Picasso, la citation est authentique. Elle se trouve dans : PICASSO Pablo, « Picasso Speaks: A Statement by the Artist », entretien avec Marius de Zayas, The Arts, New York, éd. Hamilton Easter Field, vol. III, n°5, mai 1923, p. 315. Il est à noter que l’entretien s’est déroulé en espagnol, puis a été traduit en anglais américain pour la publication : « Art is a lie that makes us realize truth ». La traduction que nous reprenons ici est celle donnée dans la version française du film Vérités et mensonges.

Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
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Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut
Azimuts 62 et © Manon Forax et Jules Labatut

Auteur·e·s

Pierre Lagrange est sociologue des sciences et anthropologue spécialisé dans l’étude des manières dont les débats sur les « croyances irrationnelles » (parasciences, complotisme, etc.) organisent nos rap- ports au monde. Il a enseigné à l’université et en école d’art. Il est l’auteur, entre autres, de La Rumeur de Roswell (La Découverte, 1996), La guerre des mondes a-t-elle eu lieu ? (Robert Laffont, 
2005) et d’articles, parmi lesquels « Pourquoi les croyances n’intéressent-elles les anthropologues qu’au-delà de deux cents kilomètres ? » (Politix no 100, 2012) ou « Ces non-humains qui résistent à la sociologie symétrique. 
L’épreuve des soucoupes volantes » (Politiques de Communication, hors-série no 2, 2023). 
Il anime la chaîne YouTube Pulp Sciences (https://www.youtube. com/@projetcrank5070).

Jules Labatut est designer graphique. Diplômé de la Haute école des arts du Rhin en 2023, sa pratique s’articule autour de la lettre (à la fois comme signe et comme image) et ses dérivés comme le lettrage, le dessin de caractères ou encore la composition typo- graphique. Il forme avec Léa Panijel un duo sous le nom de studio Super.Flux. Ensemble, iels explorent divers sujets de recherche dans le cadre de commandes et de résidences pour des universités et institutions culturelles autour de la typographie.

Léa Panijel est graphiste et doctorante en design graphique à l’Université Paris 8 (UR AIAC) et à l’ECAL/HESSO sous la direction conjointe de Catherine de Smet et Davide Fornari. 
Diplômée de la HEAR en 2023, elle forme depuis un duo avec Jules Labatut sous le nom de studio Super.Flux.

Léo Coquet (né en 1989) vit et travaille à Paris. Artiste, chercheur et designer graphique indépendant, il est diplômé de l’École Boulle et docteur en Arts de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. En parallèle de son activité de commande, il mène des recherches autour des pratiques imprimées contemporaines et du livre d’artiste qui se déploient sous différentes formes – publications, textes, expositions, conférences.
De 2014 à 2021, il travaille au sein du collectif artiste et éditeur ExposerPublier, cofondé avec Caroline Sebilleau et Benoit Brient. 
Depuis 2021, il est enseignant à l’École Supérieure d’Art de Lorraine à Metz et membre de l’Institut Page, laboratoire de recherches textuelles, graphiques et éditoriales. En 2025 et 2026, il collabore avec Romain Laurent, designer graphique indépendant, dans le cadre de résidences de recherche et de création.
Le travail de Léo Coquet a été présenté dans plusieurs institutions : Moulin du Got, Bel Ordinaire, FRAC Île- de-France, Une Saison Graphique, La Fraternelle, Khiasma, Salon de Montrouge.

Stéphane Le Mercier est issu de la génération dont les qualités néo-conceptuelles se sont affirmées au début des années 1990. 
Ayant principalement résidé à l’étranger entre 1995 et 2010 (Hongrie, Royaume-Uni dans le cadre de la Villa Médicis hors les murs, Allemagne), son travail plastique s’agence autour de préoccupations d’ordre scriptural (ready-made textuel et peinture abstraite, sculpture minimale et élément typographique). 
Enseignant à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, il insiste sur les relations nouvelles entre création contemporaine et espace public ; une redéfinition possible de la sculpture sociale. 
Dans cette perspective, il a soutenu en 2019 une thèse au grade de docteur à l’Université Rennes 2 : « Le Colporteur ou mobilité de dif- fusion de l’imprimé contemporain » (à paraitre à La Lettre Volée, Bruxelles), et qui l’amène depuis lors à participer régulièrement à différents groupes de recherches (Universités de Rennes, Saint-Étienne, Barcelone, Cracovie, Londres). De plus, Stéphane Le Mercier a publié une dizaine de livres d’artiste chez différents éditeurs français et étrangers (Entretiens avec Jérôme Dupeyrat, Collection Grise, Incertain Sens) ainsi que deux livres de poèmes chez Éric Pesty Éditeur.
Son travail est présent dans différentes collections publiques françaises et allemandes.
Stéphane Le Mercier vit et travaille à Marseille.

Daniel Jablonski (Rio de Janeiro, 1985) est un artiste plasticien et enseignant. Formé à la recherche en philosophie et histoire de l’art, il applique des outils conceptuels à sa vie quotidienne pour créer des œuvres qui fonctionnent comme des « études de cas » en première personne. Son doctorat par le projet en arts, actuelle- ment en cours à l’ENSAPC, interroge des fraudes documentaires commises par ses aïeux·les. Plus qu’une quête sur ses origines, Vos papiers s’il vous plaît : vraies histoires, faux documents examine le contexte, les motivations et les effets de ce geste paradoxal. Car, en falsifiant son passé, sa famille a de facto créé un avenir qui est à l’origine de sa propre identité. Autrement dit, le faux a engendré le vrai. Cet essai – qui porte sur la mère de son beau- père – sert de prototype à sa thèse. Chaque chapitre retrace « la vie des documents » d’une personne réelle, à la lumière de débats théoriques et historiques qui dépassent le cadre de ses récits familiaux.

Loïc Bonche est artiste et chercheur, diplômé de l’Esadse. Sa pra- tique explore le décloisonnement des formes artistiques et s’ancre dans une relation intime au faire. Il établit des rapports processuels entre des gestes issus de cultures populaires, qu’il prélève et réagence en formes graphiques et sculpturales. Son travail se déploie à travers divers médiums, notamment la céramique et le textile, affirmant un lien fort avec l’artisanat. Doctorant en recherche-création à l’UQAM (Montréal), en codirection avec l’Esadse, il interroge le leurre de pêche comme figure sensible de médiation, de ruse et de mimétisme. Ses installations récentes associent métiers d’art, savoirs situés et cultures locales, présentées notamment dans Devenir la bête que l’on chasse (2022) et La proie du temps rusé (2023).

Geoffrey Dorne est designer, chercheur et enseignant. Il prépare un doctorat à l’Université Catholique de Lille sous la direction de Malik Bozzo-Rey au sein du Centre d’Études sur les Technologies de Surveillance (CEThicS). Sa thèse explore les stratégies de camouflage civils et militaires face aux drones sur les territoires en guerre, à l’intersection des sciences de l’information, des études sur la surveillance et du design graphique.
Diplômé de l’ENSAD Paris (2009) avec un projet sur le design d’outils pour échapper à la surveillance, il développe depuis 2003 une pratique indépendante centrée sur le design social et poli- tique. Fondateur des éditions HCKR (2022), il a publié Hacker Protester (2022), Bestiaire d’écosabotage (2024) et IAnarchie (2025). 
Il a collaboré avec La Quadrature du Net, La Ligue des Droits de l’Homme, Greenpeace, Framasoft ou la Fondation Wikimedia.
Il enseigne à l’Université de Strasbourg, à la HEAD Genève et intervient régulièrement lors de conférences (TEDx, Paris Web, Blast, etc.) sur les questions d’engagement, d’éthique et de contre-pou- voir dans le design contemporain.

Manon Forax est designer graphique. Diplômée de l’ École nationale supérieure des Beaux Arts de Lyon en 2024.

Karim Ghaddab est critique d’art, membre de l’AICA (Association Internationale des Critiques d’Art), professeur d’histoire et théo- rie des arts à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, chercheur et cofondateur du LEM (Laboratoire d’expérimentation des modernités). Auteur de très nombreuses préfaces de catalo- gues pour des musées, galeries et centres d’art, il a également col- laboré à diverses revues spécialisées (Le Journal des Expositions, artpress, Art Absolument…) et a publié plusieurs essais théma- tiques ou monographiques dans des livres collectifs.
Il a été directeur artistique de la manifestation L’art dans les chapelles (Morbihan) de 2011 à 2016. Parallèlement, il est occasionnellement commissaire d’expositions. Il a donné des conférences et participé à des colloques dans de nombreuses institutions (Bibliothèque natio- nale de France, Musée Matisse du Cateau- Cambrésis, Musée des beaux-arts de Tourcoing, Palais de Tokyo, École du Louvre, Institut national d’histoire de l’art…).

Lửửc Rochaix souhaite moduler l’espace public, créer des interactions, le rendre davantage vivant. Ayant suffisamment expérimenté sa propre expression dans les rues de sa ville, il a la volonté d’offrir de la place aux autres usager.es. Il ima- gine encourager à l’appropriation citoyenne et à rappeler que l’es- pace partagé peut être un terrain d’expression plutôt qu’un décor contrôlé, à l’heure de sa privatisation, son lissage méthodique et sa structuration insipide et policée.

Saul Pandelakis est professeur des universités en design (Université Toulouse — Jean Jaurès, laboratoire LLA-CRÉATIS), auteur de fiction et illustrateur.
Depuis 2024, il est corequérant et adjoint scientifique du projet Fucking Tech!, soutenu par le Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités à Genève et la HES-SO. Mené en collabo- ration avec Anthony Masure, le projet entend cartographier de possibles sexualités machiniques. Saul a écrit plusieurs récits de science-fiction : le roman La Séquence Aardtman (Goater, 2021 et ActuSF, 2023, pour la version poche). Le roman Les Hygialogues de Ty Petersen (Goater, 2023) inclut une langue extraterrestre matérialisée par une police de caractères inédite, documentée en ligne ; https://saulpan delakis.com/sunduz/.
Saul a codirigé avec Irène Dunyach et Élise Rigot L’Encyclopédie des Objets Impossibles (Cité du Design/Presses du réel, 2025), un ouvrage compilant des contributions illustrées autour d’improbables objets du cinéma.

Après un parcours en sciences politiques, Éric Baudelaire choisit la pratique artistique comme outil d’observation critique du monde. 
Son travail se déploie à travers le film, la photographie, l’installation performative et l’écriture. Il explore un réel façonné par les systèmes de représentation qui structurent les sociétés contemporaines — politiques, judiciaires, économiques ou médiatiques — en s’attachant à ce qui leur échappe, déraille ou se tient hors cadre. Ses films circulent à la fois dans des festivals et dans des expositions, où ils prennent place au sein d’installations mêlant œuvres, archives et programmes publics. Son travail a été présenté notamment au Centre Pompidou, au MMK Francfort, à la Kunsthalle St. Gallen, au Museo Reina Sofía, au Bergen Kunsthall, au Kunstinstituut Melly, au Fridericianum et au Beirut Art Center, ainsi qu’à la Biennale du Whitney, à la Biennale de Sharjah, à la Triennale de Yokohama, à Mediacity Seoul et à la Biennale de Taipei. Il a reçu le Prix Marcel Duchamp et un Guggenheim Fellowship en 
2019. Sa monographie FAIRE AVEC a été publiée par Paraguay Press en 2022.

Lisa Manus est une designer graphique diplômée en 2024 du DNSEP Design Graphique de l’Ensba Lyon. Elle exerce en tant que freelance à Paris depuis 2024 et collabore régulièrement avec divers studios et designers graphiques. Son travail démontre un fort intérêt pour la composition typographique, l’image, et l’objet imprimé, principalement appli- qué au domaine de la culture.

Julia Claire Reitzer mène une thèse interdisciplinaire à l’École normale supérieure Paris-Saclay, entre le Centre de recherche en design (ENS Paris-Saclay, ENSCI Les Ateliers) et le laboratoire PPSM en chimie des matériaux anciens (ENS Paris-Saclay, CNRS). Doctorante contractuelle, elle est soutenue par la Région Île-de-France et l’entreprise Mihaly. Avant cela, elle a été diplômée de l’École Estienne, de l’Ensaama et du CNAM, et a effectué une résidence à la manufacture des Gobelins, avant de travailler pour le réseau du designer Ruedi Baur. La recherche en design émerge à l’ENS Paris-Saclay où elle y rencontre ses directeurs de thèse : James Auger (CRD), Loïc Bertrand (PPSM), puis Christophe Leynadier (Mihaly). Sa recherche – graphique, textile et critique – interroge la capacité du design à produire des formes spéculatives à partir de matériaux anciens, par une démarche rétroactive explorant les « possibilités objectives » à partir des faits.

Adèle Guilbault vit et travaille entre Paris et Genève. Elle est diplômée de l’Esadse (2021), et de la Head, Genève (2024). Designeuse et scénographe, elle développe une pratique entre science, fiction, écologie et critique féministe. À travers des récits spéculatifs, elle interroge les figures de pouvoir savantes, créatures légendaires en les détournant sous un prisme spéculatif et subversif.
Son projet Posseida Platuntilda a été sélectionné pour la compétition du Swiss Design Award 2025, dans la catégorie scéno graphie et médiation. Ce projet avait déjà été le fruit d’un Prix d’Excellence de la Fondation Vahabzadeh et classé finaliste pour le Prix de la Fondation Hans Wilsdorf. En parallèle, Adèle travaille dans le design d’objet et textile, la scénographie et le visual merchandising. Elle conçoit le design comme un domaine où les formes de savoir, l’humour et la mise en scène se rencontrent.

Laboratoire d’expérimentation des modernités (LEM)

Ce numéro est porté par l’équipe de recherche LEM « Laboratoire d’expérimentation des modernités » de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, composante de l’Unité de Recherche Design & Création, soutenue par la Direction générale de la création artistique du ministère de la Culture.

Le LEM prend pour objet d’étude et de mise en situation les héritages de la modernité, qu’ils s’inscrivent en continuité ou en rupture avec celle-ci. “Post”, “hyper” ou “alter”, la création contemporaine ne se définit qu’en relation avec le Big Bang que fut la modernité, que cette relation soit héritage, variation, rupture ou amnésie délibérée. Pour autant, cet “horizon des événements” n’est pas un mais multiple. Dans ses dimensions historiques, politiques et esthétiques, la modernité exige d’être repensée aujourd’hui afin d’en détecter les particules complexes et les rayonnements ‒ peut-être fossiles mais toujours actifs ‒ qui conditionnent notre contemporanéité.

Voir aussiLe Laboratoire d’expérimentation des modernités(LEM)

Éléments techniques

Azimuts – Design Art Recherche n°62

Distributeur et diffuseur : les presses du réel
Éditeur : Cité du design – Ésad Saint-Étienne 
Parution : novembre 2026
Langue : français
Format : 165 × 220 mm
Pagination : 164 pages
ISSN : 1160-9958 · 62
ISBN :  9782492621338
Prix : 25 €


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azimuts@esadse.fr


ÉditionAzimutsRevue Design Art Recherche
Appel à contributionsFaux voirAppel à contributions pour la revue Azimuts - Design Art Recherche. Date limite : 02.09.2025
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