29.04.2021 ⁄ 14:0017:00
Conférence

Enjeux contemporains de la critique en design  

Catherine Geel, Charlotte Goffette, Elise Goutagny, Margaux Moussinet, Lorène Picard

par Sandra Jacquier

Désorceler la Finance au Festival des arts de la rue d’Aurillac, 2019. Photo © Sébastien Normand 

Rencontres organisées par l’unité de recherche Design et création de l’Esadse et soutenues par le Ministère de la Culture en partenariat scientifique avec les Archives de la critique d’art et artpress.

Inscription gratuite mais obligatoire

La critique en design contemporaine se présente comme la remise en cause par la pratique artistique des cadres du design ou de la structure sociale dans lesquels ses acteurs s’engagent. Portée par des praticiens et praticiennes, elle se distingue d’une critique sur le design, ensemble de productions intellectuelles extérieures au design étudiant son déploiement dans un contexte donné, rattachées à des disciplines comme la sociologie, l’histoire, les sciences de l’art ou l’esthétique. Pour autant il semble difficile d'ignorer leur réciprocité. En France, les travaux de Pierre-Damien Huyghe, d’Annick Lantenois, ou encore d’Alexandra Midal, réactualisant la tension entre art, industrie et morale, nourrissent la pratique des acteurs de la critique en design.

Si elle n’est pas limitée au champ de la recherche, la critique en design contemporaine est marquée par une institutionnalisation. Intégrant la « recherche-création » à l’université, elle est dite « théorie-pratique » voire « non-scientifique » dans les Écoles Supérieures d’art et design françaises. Ces différents cadres institutionnels impliquent des divergences et convergences méthodologiques. Les acteurs de la critique en design oscillent entre science et expérience d’une part,et revisitent les limites entre sujet et objet d’autre part. Selon les projets, l’imaginaire – ou la fiction – prime sur l’objectivité scientifique, valorisant alors la subjectivité du praticien.

Au niveau de la production artistique, la critique en design se déploie à travers des créations matérielles et immatérielles, c’est-à-dire de l’esprit, concrétisées par le projet « de terrain ». Thèses de doctorat, manifestes, livres, objets expérimentaux, expositions, performances, conception de systèmes au service d’un idéal voire d’un projet politique portent l’idée d’une critique en design. Sans partager d'unité thématique ou formelle, ces productions intellectuelles et artistiques forment un réseau discursif et symbolique appuyant le remaniement commun des frontières du design. Dans cette émulation, l’élaboration d’une épistémologie du design devient un enjeu. Progrès pour le champ du design,l’idée d’une épistémologie du design apporte aussi une affirmation sociale pour ceux et celles qui en posent les conditions.
Pour le matérialisme contemporain, l’étude des représentations et discours d’un groupe au regard de situations historiques permet de comprendre les enjeux d’une époque. Ces enjeux ne sauraient être entièrement entendus sans l'étude du mode de production dans lequel ces pratiques existent1. Dès lors, l’étude du média, limité à la technique et la matière qu’elle transforme, semble insuffisante pour comprendre les enjeux contemporains de la critique en design. C’est peut-être que Nicolas Thély invite à penser lorsqu'il souligne la « fâcheuse tendance2 » des praticiens et théoriciens à traquer la spécificité du médium pour qualifier des pratiques, sans réelle dynamique de discussion, « à l’écart des grands enjeux esthétiques et philosophiques contemporains3 ».

Nous avons le plaisir d'accueillir trois intervenantes pour réfléchir ensemble sur ces enjeux. A travers un cas d'étude historique, le travail du fonctionnaliste américain Georges Nelson, Catherine Geel propose de revenir sur une forme de critique moderne de la modernité. Interrogeant la manière dont les concours en design « font l’œuvre », Margaux Moussinet admet les dispositifs critiques des concours comme constructionnistes, contribuant à définir un «monde du design » en chantier.Enfin, à partir d'un paysage de la critique féministe du design, Élise Goutagny questionne la figure du designer, proposant les «habitudes graphiques » comme constitutives de normes sociales.

1 – Patrick Tort, Qu’est-ce que le matérialisme ? Introduction à l’Analyse des complexes discursifs, Paris, Belin, 2016
2 – Nicolas Thély, Le tournant numérique de l’esthétique, Montpellier,Éditions Publie.net, 2019, p. 16
3 – Nicolas Thély, op.cit., p. 16


Participantes

Catherine Geel
Historienne du design, professeur titulaire des écoles nationales supérieures d’art (France) mise à disposition du DER Design de l’École normale supérieure Paris-Saclay, elle enseigne à Sciences po Paris l’histoire du design et est chercheure, membre associée du CRD Ens Paris-Saclay-Ensci-Les Ateliers.
Elle dirige le projet de recherche Problemata, Maison des Sciences de l’Homme Paris-Saclay, Huma-num CNRS et est membre du comité scientifique de Raddar revue bilingue (Fr/Eng) de recherche franco-suisse. Ses sujets de recherche sont la période radicale italienne, l’histoire des expositions et le fonctionnalisme américain critique de George Nelson. 

Charlotte Goffette
Charlotte Goffette est une jeune designer, chercheuse, diplômée de l’Esad d’Orléans en 2017 puis de l’Esadse en 2020. En 2021, elle intègre le 3e cycle de l’Esadse, le CyDRe (cycle design recherche). Son travail de recherche porte sur les mouvements de l’air dans l’espace urbain et les objets du vent comme support à l’imaginaire. 

Élise Goutagny
Élise Goutagny est doctorante en design graphique en première année au laboratoire Arts des Images et Art Contemporain de l’université Paris 8, sous la direction de Catherine de Smet. Ses recherches portent sur les productions graphiques des féministes des années 2010, entre mémoire graphique militante et nouvelles formes des féminismes numériques.

Margaux Moussinet 
Margaux Moussinet est doctorante en design à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, son parcours a débuté par une CPGE en Arts & Design. Poursuivant par un cursus universitaire en Design, Arts & Médias, elle s’est naturellement dirigée vers la recherche. Si sa formation a toujours été transdisciplinaire, son intérêt s’est petit à petit centré sur le design graphique, même (typo) graphique. Après avoir mené une recherche en master 2 sur Les livres de graphistes, elle s’est orientée plus précisément vers la lettre, avec pour sujet de recherche doctorale Lorsque la lettre fait image : l’esthétique de David Carson. 

Lorène Picard
Lorène Picard est enseignante en design graphique et cultures numériques. Formée en design graphique à l’école Estienne puis à l’Esad Valence, elle est actuellement doctorante en recherche-création au laboratoire ECLLA de l’UJM et au Random(Lab) de l’ESADSE, dans le cadre du Cycle design et recherche. Elle est membre de l’Unité de recherche Création numérique en art et design ESADSE / ENSBA Lyon. Elle étudie le rapport entre les pratiques artistiques de déconstruction du Web et l’innovation« numérique ».


La sécurité des intervenant·e·s et des publics reste la priorité. Les différentes journées sont adaptées afin d’être compatibles avec les gestes barrières : espacement entre chaque siège d'un mètre minimum, éclatement de l’évènement dans différentes salles, nombre de personnes par journée limité, tenue des journées en visioconférence , etc

par Sandra Jacquier

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