L'économie de la créativité

La mobilisation de l'art et du design dans le champ économique et pour la reconversion des territoires

Text by Soizic Briand

Esadse, vue extérieure.  © S. Binoux

Particulièrement prégnante à Saint-Étienne, l'articulation des champ artistique et économique n'est pas pour autant circonscrite au seul contexte stéphanois ou aux seules villes dites créatives : elle se trouve au cœur de la phase actuelle du capitalisme, telle qu'elle est envisagée par un certain nombre de philosophes, sociologues et économistes contemporains. Qu'on fasse le « portrait de l'artiste en travailleur » pour s'intéresser ensuite au « travail créateur », qu'on spécifie le capitalisme sous l'aspect de son « nouvel esprit » ou qu'on le qualifie de « cognitif » ou d'« esthétique », c'est toujours la même opération qui est en jeu : la mobilisation, dans le champ économique, de valeurs et de processus issus du monde de l'art, au premier rang desquels la créativité, considérée comme source principale de création de la plus-value1. De cette opération, dont le design est un des grands vecteurs, Saint-Étienne, la Biennale internationale design et la Cité du design sont à la fois un laboratoire et un observatoire privilégiés.
Établissement d'enseignement à la création, l'Esadse entend tirer le plus grand parti de son inscription dans ce projet de territoire et cet environnement « créatif » en phase avec la grande transformation socio-économique des temps présents.


La reconversion d'un territoire

Esadse, vue extérieure.  © S. Binoux

Associant un établissement d'enseignement supérieur artistique à un équipement consacré au design, cette nouvelle structure, envisagée comme outil de réflexion et d'anticipation des mutations sociales et des dynamiques économiques, est le fer de lance - à la fois emblème et levier - d'un grand projet de reconversion d'un territoire de tradition industrielle qui fut touché de plein fouet par les grandes crises et mutations économiques de la seconde moitié du XXe siècle. Sur le modèle de la ville créative, théorisé par Charles Landry2 et réalisé notamment à Bilbao ou Glasgow, il mise sur l'innovation culturelle comme facteur de régénération urbaine et moteur de croissance économique. Les initiatives prises dans le cadre de ce projet de reconversion ont déjà été consacrées puisqu'elles ont permis à Saint-Étienne d'intégrer le réseau des villes créatives Unesco de design en novembre 2010. La participation à ce réseau concède une reconnaissance internationale à la ville pour les actions qu'elle mène dans le champ du design et de l'innovation. Par ce biais, la structure peut également accéder à une plateforme internationale d'échanges et de débats autour d'enjeux contemporains.

Text by Soizic Briand

1Cf. Pierre-Michel Menger, Portrait de l'artiste en travailleur. Métamorphoses du capitalisme, Le Seuil, 2003 et Le Travail créateur. S'accomplir dans l'incertain, Gallimard/Le Seuil, 2009 ; Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme, Gallimard, 1999 ; Yann Moulier Boutang, Le Capitalisme cognitif. La Nouvelle Grande transformation, Ed. Amsterdam, 2007 ; Olivier Assouly, Le Capitalisme esthétique, Le Cerf, 2008. Voir aussi Laurent Jeanpierre, « L'art contemporain au seuil de l'entreprise », Valeurs croisées, Les Ateliers de Rennes. Biennale d'art contemporain #1, Les Presses du réel, 2009.
2 Charles Landry, The Creative City, a Toolkit for Urban Innovators, Earthscan, Londres, 2000. Voir aussi Richard Florida, The Rise of the Creative Class, Basic Books, New-York, 2002.