14.1031.10.2021
Exposition | Alumni | MAMC

Matières précieuses

par Marion FrabouletLieu
Cité du design
3 rue Javelin Pagnon
42000 Saint-Étienne

Jours et horaires d'ouverture
L’exposition sera visible du 14 au 31 octobre 2021, du mardi au dimanche de 10h à 12h30 et 13h30 à 18h.


Lois Weinberger, Green Man, 2004, Impression jet d'encre sur papier d'archive mat, montée sur une plaque de dibond en aluminium, 105 x 105 cm © Lois Weinberger

Comment les artistes s’entendent-ils à créer sous le règne de l’anthropocène ? Quels sont les récits nouveaux susceptibles d’émerger de la situation actuelle ? À partir de trois énoncés et de leurs combinatoires (« Le langage mis à mal », « Les temps du paysage », « Déplacements : corps et marchandises »), l’exposition Matières précieuses se penche sur deux questions importantes : comment les artistes s’entendent-ils à créer sous le règne de l’anthropocène ? Quels sont les récits nouveaux susceptibles d’émerger de la situation actuelle ? 

Une exposition dans le cadre du colloque Arts contemporains et Anthropocène en partenariat avec le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole, l’École urbaine de Lyon, l’Université Jean Monnet et l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne.

« Il ne s’agit pas ici d’exposer des images spectaculaires relatives à la pollution, aux transformations planétaires. Les œuvres choisies s’emploient à dresser une cartographie du sensible (l’air, l’eau, le feu, le végétal, le minéral), du langage mis à mal par le novlangue, ce à quoi s’ajoutent le commerce mondialisé, les déplacements de populations scandant sans répit la surface des continents et des mers. 
Trois des dix artistes présenté·e·s sont nouvellement issu·e·s de l’Esadse. Depuis une dizaine d’années, des questionnements plastiques liés à l’écologie et à l’économie dite libérale réapparaissent dans les écoles d’art, allégés de la doxa des années 1970. S’il s’agit toujours de porter une écriture autonome, cette écriture s’adresse à la collectivité, non plus aux seul·e·s professionnel·le·s. Un·e tel·le s’improvisera architecte ou travailleur·euse social·e, tel·le autre s’emploiera à maîtriser le règne végétal à travers des plantations citadines. On ne compte plus les diplômé·e·s désirant acquérir les techniques appartenant à des corps de métier étrangers au monde de l’art, dynamisant l’échange de compétences, le performatif social. Ce retour du réel, Merryl BouchereauGabrielle Chardigny et Sélia Descours se le sont approprié·e·s selon des intensités différentes. 
Comme rappelle Bruno Latour, nous ne détenons pas un droit de propriété exclusif. Les artistes, issu·e·s de différentes générations, largement reconnu·e·s ou bien émergent·e·s, tentent de capter les intensités de ce séjour, de cette location et la fragilité de leur intervention révèle souvent une énergie salvatrice. »

Commissariat

Stéphane Le Mercier, artiste et enseignant à l’Esadse

Artistes

Luc Benazet 
Merryl Bouchereau

George Brecht
Gabrielle Chardigny 
Sélia Descours
 
Francesco Finizio
 
Michel François
 
Céline Germès
 
Claude Horstmann
  
Lois Weinberger


Le langage mis à mal

Depuis le début des années 2000, Luc Benazet alterne deux formes littéraires, l’une proche de l’écriture des contes, l’autre, nommée par l’auteur « poésie accidentée », davantage tournée vers la poésie sonore. La méthode consiste alors à improviser des textes sans se soucier de la qualité dactylographique. De cet enregistrement rapide, tout sera scrupuleusement préservé : répétitions, fautes de syntaxe, coquilles, etc. Une matière visuelle et sonore se forme alors qui, si elle s’oppose aux écritures calibrées de la littérature et de la communication, produit surtout une énergie hypnotique, celle là même souvent attribuée aux langues secrètes ou bien anciennes.
L’œuvre de Luc Bénazet est publiée aux éditions Nous et Eric Pesty. Certains textes font l’objet de lectures publiques.

Luc Bénazet, Deborah Lennie et Patrice Grente, GRAMMATA, 2014 © Maison de la poésie de Nantes

L’artiste allemande Claude Horstmann (1960) questionne depuis plus de vingt ans le dessin abstrait alternant les formats, tantôt privilégiant des œuvres modestes (encre de chine sur vinyle) tantôt se concentrant sur des dessins muraux, d’ordre monumental, comme en 2013, à l’Université d’Ulm dans le cadre d’une commande publique. Ces dessins trouvent généralement leur origine dans des photographies de presse représentant des constructions précaires, des organisations urbaines dont Claude Horstmann tente de saisir la composition grâce à une réduction simple et dynamique. Ici le signe graphique fait texte tout comme les inscriptions scripturaires du document séminal s’imposent peu à peu en tant que dessins. Elle réalise aussi depuis peu des travaux graphiques sur des plaques de marbre disposées à plat contre le sol.
Claude Horstmann est représentée par la galerie Laura Mars, Berlin.

Claude Horstmann, On était tellement ailleurs, 2018, Noir de charbon sur mur, Dimensions variables © Claude Horstmann

Les temps du paysage

George Brecht (1926-2008) fut une des figures essentielles du mouvement Fluxus, compagnon de route de Robert Filliou avec qui il fonda l’éphémère galerie La Cédille qui Sourit. Chimiste de formation, il a déplacé sa connaissance scientifique vers des formes artistiques regroupées souvent sous le titre d’Events. Visant l’infiniment petit, la modestie d’une apparition, Three Aqueous Events (1961) nous remémore les trois états possibles de l’eau : glacée, liquide, vaporeuse, épelant ainsi le cycle de la vie et par voie de conséquence, de la création.

George Brecht, Three Aqueous Events, 1961, Impression offset sur carton, 8.9 x 7.6 cm © The Gilbert and Lila Silverman Fluxus Collection Gift

Gabrielle Chardigny a au fil de voyages sud-américains approché ce qu’il faut bien nommer des formes de néo-colonialisme, un tourisme de type new age peu attentif à la complexité culturelle des mondes traversés. Selon un mouvement inverse, en tout différent des fantasmes exotiques, le travail de Gabrielle Chardigny encapsule des plantations modestes dans des serres portatives, se concentrant sur leur étude et leur soins quotidiens.
Gabrielle Chardigny est diplômée en 2021 de l’Esadse.

Gabrielle Chardigny, Sans titre, 2021, Métal, plastique, végétaux, Dimensions variables © S. Binoux

Sélia Descours dresse une topographie mi-réelle, mi-fantasmée, à l’aide de toupies, d’astrolabes, de prothèses, tout une famille d’objets réalisés avec précaution, convoquant parfois des techniques d’assemblage traditionnellement liées à l’art de la joaillerie. Pour Matières Précieuses, elle donne à voir un diptyque vidéo. Alors que sur l’écran de droite vagabonde un miroir de poche circulaire, tentant de reconstituer le paysage alentour (on y découvre tour à tour, une ruine plantée sur une colline verdoyante, des constructions contemporaines), l’écran de gauche, composé d’un plan fixe, se concentre sur la chambre d’une villa ancienne en cours de restauration. Seul événement, une bâche transparente posée sur un échafaudage, s’agite légère, insouciante.
Après un DNSEP à l’Esadse en 2019, Sélia Descours a finalisé un second master à l’atelier Bijou de la Hear-Strasbourg.

Sélia Descours, Bague Lulav, 2021, Cuivre, peinture de carrosserie, 2 x 10.5 cm © S. Descours

Lois Weinberger (1947-2020) se définissait comme artiste-paysan. Par là, il demeure une des grandes figures écologistes de l’art européen. Ces installations exposées dans de nombreuses manifestations internationales de premier plan (Documenta X, Kassel) posent la question du jardin/paysage en tant que profondeur. Que produisent souterrainement ces espaces dont la vue ne peut pas totalement rendre compte. S’en suit une école de l’attention, de l’apprentissage, une expérience souvent collective. Les aquarelles et photographies issues de la collection du MAMC+ révèlent par de simples notes aquarellées, des documents photographiques les qualités conceptuelles et poétiques d’un tel engagement.

Lois Weinberger, (Sans titre), 2006, Crayon, peinture et stylo sur papier, 21 x 29,5 cm © Lois Weinberger, Cyrille Cauvet/Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole

Déplacements : corps et marchandises

Merryl Boucherau questionne l’œuvre d’art comme objet économique, construisant des installations en transit, à mi-parcours entre l’espace de l’atelier et celui de l’exposition. Ici, les cartons d’emballage, en partie recouverts d’aplats monochromes ou d’inscriptions plus ou moins lisibles, les étagères, les surfaces en tôle ondulée évoquent un monde de déplacements, de zones de stockage, d’activités humaines en somme où s’il s’agit encore d’exposer des œuvres, il s’agit surtout de les saisir à un instant T du processus marchand.
Merryl Bouchereau est diplômé en 2018 de l’Esadse.

Merryl Bouchereau, Espace Commun_S.U.P., 2019, Acier galvanisé, tôle de bardage, acrylique, bloc d'éclairage, 190 x 60 x 200 cm © Merryl Bouchereau

Francesco Finizio né à New-York en 1967, diplômé du Hunter College, vit aujourd’hui dans la banlieue de Brest. Est-il possible d’avancer que cette tension spatiale est en partie responsable d’une réflexion sculpturale singulière? Dans le cas de Finizio, elle est composée d’éléments issus à la fois des avant-gardes américaines et des pratiques vernaculaires du village planétaire telles qu’elles s’exhibent sur le Net. Elle se plait, en tous les cas, à générer des installations proliférantes (un « Branly branlant » pour reprendre l’expression d’Étienne Bernard) mais surtout, le sentiment que dans le chaos actuel demeure quelque chose sur lequel se pencher encore, quelque chose à classer précieusement pour les anthropologues futurs : un feu de camp composé de skate-boards, délaissé par ses utilisateur·ice·s mêmes.

Francesco Finizio, Silver Surfeurs, 2005, Planches de skate brûlées, Dimensions variables © Francesco Finizio

Né en 1956, l’artiste belge Michel François a su s’approprier l’héritage des années 1960 (Land Art, Arte Povera…) en confrontant, par exemple, le paysage contemporain à la question de l’anthropocène (La plante en nous, Kunsthalle Bern, 2000). Par exemple Poor Cut - un couteau de poche plié dans une pièce de métal - exposé dans le cadre de Matières Précieuses, renvoie évidemment aux armes et outils prisés par les survivalistes, il souligne aussi de façon ironique, le bricolage - concept théorisé par Michel de Certeau - à l’œuvre dans de nombreux groupes et sociétés, artistes et designers confondu·e·s. Le travail de Michel François est, entre autres, défendu par la galerie Xavier Hufkens (Bruxelles). Il a représenté la Belgique à la Biennale de Venise en 1999.

Michel François, Poor Cut, 2017, Métal plié, 20 x 30 x 15 cm © Michel François / Éditions Keymouse

Son diplôme de l’école d’art de Marseille en poche, Céline Germès a toujours mené un projet pictural d’ordre hyperréaliste. Après un séjour de dix années à Berlin et à Leipzig où elle bénéficia d’un atelier à la Baumwollspinnerei, de retour dans le quartier de La Belle de Mai, elle s’emploie à reproduire méticuleusement des motifs banals : arbres faméliques photographiés la nuit avec son téléphone portable, regroupements d’individus collectés sur les réseaux sociaux. La technique lente pour laquelle elle a définitivement opté (vernis et huile sur bois) ainsi que la présence matérielle du tableau, développent un sentiment ambigu, conscient des enjeux picturaux de l’époque, visant aussi une certaine intemporalité.
Céline Germes est représentée par la galerie She BAM ! ouverte depuis fin 2018 et exposant uniquement des artistes femmes.

Céline Germès, Street #7, 2016, Huile sur toile, 21 x 32 cm © Céline Germès

Vues photographiques de l'exposition


par Marion FrabouletLieu
Cité du design
3 rue Javelin Pagnon
42000 Saint-Étienne

Jours et horaires d'ouverture
L’exposition sera visible du 14 au 31 octobre 2021, du mardi au dimanche de 10h à 12h30 et 13h30 à 18h.



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