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Un camping à Saint-Étienne

Choisir l’essentiel : les archives pour accéder à l’histoire sociale de la ville

par Coline Vernay

Dans le cadre de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2022, Pascale Pichon organisera deux journées autour de sa thématique de prédilection « Habiter les marges, habiter la cité », pendant lesquelles seront présentés sa recherche sur l’ancien camping, ainsi que d’autres éléments s’intéressant toujours aux modes d’habitats éphémères et précaires.

Sociologue, Pascale Pichon s’intéresse à la question de l’habitat provisoire, précaire, instable.
Sa recherche actuelle se base sur une grande variété de documents (coupures de presse, documents officiels, plans urbanistiques, images…) conservés aux archives municipales de Saint-Etienne, à la cinémathèque ou encore chez des particuliers. Tous sont liés au camping qui était installé au centre de la ville, sur la colline de Villeboeuf (sous l’actuel Opéra). Ouvert dans les années 50, période de fort développement du loisir et des camps de vacances, le camping de Chantegrillet a été fermé en 2004, sous la mandature de Michel Thiollière. Plus qu’un objet de tourisme, ce camping témoigne d’une Histoire de la ville, de son rayonnement, son hospitalité, son rapport aux gens de passage, aux travailleurs saisonniers... Pour la chercheuse, également professeure émérite à l’Université Jean Monnet, la plongée dans l’analyse des archives est le point de départ d’une recherche, qui se constitue également de rencontres, du recueil de témoignages d’acteurs ayant connu le camping à différentes époques...

Pascale Pichon commente cette sélection d'images :

« La photo de 1956, première photo d’un camping « si discret », comme le rapporte un journaliste du journal local La Dépêche, montre l’installation d’un marabout d’ajistes. Le camping n’est pas encore homologué. Les photos d’archive suivantes, prises entre 1966 et 1983, dévoilent avec plus de détails, la situation en nid d’aigle d’un camping bordé d’arbres majestueux, avec vue donnant sur la ville de Saint-Étienne et son grand paysage. Ces images saisissent sur le vif des vacanciers heureux, près de leur tente ou de leur caravane. Elles révèlent la dimension populaire du camping doté d’une seule étoile. À partir de 1963, le Touring club de France devient gestionnaire du camping, et ce, jusqu’en 1977, date à partir de laquelle la ville de Saint-Étienne en assure la gestion directe. Pour autant, ces photos, illustrations d’articles journalistiques pendant la période estivale, ne rendent compte que d’un usage. En effet, le camping est également occupé toute l’année, et même au cours de la saison hivernale, période de fermeture mensuelle, par des « roulottiers » et autres travailleurs qui voient là un moyen économique d’habiter. »


Programme des journées de recherche « Habiter les marges, habiter la cité »
(dates précises à venir en 2022)

Journée 1
Bidonville : architectures de la ville future de Jean-Nicolas Ohron, Québec, Canada, 2013, 1h22
Le documentaire Bidonville : architectures de la ville future propose une réflexion sur la problématique du logement à l’ère de la surpopulation des villes en nous révélant un point de vue sociologique et philosophique sur les constructions à échelle humaine. Séance présentée par Pascale Pichon, sociologue, Université Jean Monnet, Centre Max Weber CNRS, Saint-Étienne en présence (sous réserve) du réalisateur.
 
Journée 2
Le camping Chantegrillet de Saint-Étienne
L’enquête socio-historique conduite sur l’ancien camping municipal Chantegrillet de Saint-Étienne, de sa création jusqu’à sa fermeture, a été prétexte à une exploration sur les modes d’habitat passager. Que signifie habiter lorsque l’on vit dans un habitat provisoire ou précaire, dans un campement, en camping ? Cette journée de projections et de présentations de travaux scientifiques nous entraînera sur les traces de l’habitat aux marges de la cité à Saint-Étienne et ailleurs : bidonville, camping et campement d’urgence. Une exploration des continuités et discontinuités historiques, un retour vers le futur ?

Journée ponctuée par la projection des films d’archives de la Cinémathèque : Chantegrillet 1961, Bidonville du champ de Mars 1962... présentée par Pascale Pichon, sociologue, Université Jean Monnet, Centre Max Weber CNRS, Saint-Étienne, avec la participation des chercheurs du réseau Aux frontières du sans-abrisme et de professionnels du logement très social et de l’hébergement (Siao).

par Coline Vernay


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