Comment initier l’écriture du mémoire en la déployant par le son ?
En
octobre 2025, 13 étudiant·e·s d’année 5 du master transdisciplinaire
ACDC_espaces ont réalisé une pièce sonore telle une introduction à leur
mémoire de master, lors d’une résidence de travail à la Croix de Fer.
Immergé·e·s
dans ce lieu culturel, au passé riche (le bâtiment fut auparavant une
usine de papeterie, puis de coutellerie, puis une forge), les
étudiant·e·s ont puisé dans ce contexte spécifique pour nourrir leur
production plastique sonore, en lien avec leur sujet de mémoire.


Entre discussions, rires, émotions, cette piste audio se veut comme une archéologie sensible et nostalgique de souvenirs de mes amies et de moi-même. Nous évoquons notre rapport aux jeux-vidéos dits « pour filles », ou pink games en anglais, qui ont marqué notre enfance. Des jeux qui tendent à disparaître… On peut les considérer comme des fossiles. Découverts lors de fouilles archéologiques virtuelles, ils témoignent d’un passé, si proche mais qui semble déjà révolu.
"Se déplacer sur le son du tambour" se construit comme une expérience musicale
en voiture liée à des souvenirs d’enfance. Un morceau composé à partir de plusieurs couches sonores évoquant chacune un instrument et sur lesquelles vient se superposer une voix narrative.
Cette piste audio s’écoute tout autant qu’il peut se voir. Le son défile, fuit, fait des aller-retours, accompagne le paysage et convoque des images mentales.
Très peu de place est laissé au silence. Le bruit de la route emplit l’espace physique de la voiture.Telle une basse, des bribes de voix se font vibrantes. Telle une batterie, le son d’une fontaine mécanique est rebricolé pour apporter une structure répétitive et hypnotique au trajet. Un kick vient renforcer le sentiment d’une allure métronomique du voyage en voiture, à l’image d’une boucle au ralenti.
Ce projet sonore explore la temporalité de l’eau qui chauffe dans la bouilloire. Cet objet a partagé notre quotidien et nous rassemble autour d’une table pour attendre que nos infusions ou nos soupes de nouilles soient prêtes et discuter. J’étudie l’espace des corps dans cette pièce, leurs présences et leurs mouvements parfois imperceptibles, caractérisés par une respiration. Le son de l’eau qui monte en température se mêle à la lecture d’un poème, où le corps se métamorphose en plante à mesure qu’il boit une infusion de graines de sarrazin.
Ofélia, une femme de soixante-douze ans originaire des Philippines, partage son quotidien à travers des vlogs sur Facebook. Son image devient le point de départ d’une réflexion sur la manière dont les réseaux sociaux produisent de nouveaux récits et transforment l’altérité dans un espace numérique mondialisé.
La piste audio repose sur trois couches : la présence du spectateur dans son quotidien qui regarde le vlog sur son téléphone, la voix d’Ofélia dans ses vidéos, et en arrière-plan des publicités philippines à l’intonation américanisée. Ensemble, ces éléments interrogent notre rapport à l’altérité, à la circulation des images et à la construction des identités postcoloniales.
J’ai demandé jhigufyrsezqtyuiopùùkljhkgfjhgfhjui à certaines personnes.
En écho à mon mémoire "Une nepo baby à la ferme, modus operandi d’artiste
en milieu agricole", j’essaie d’ouvrir un dialogue téléphonique avec mon père retraité. Sans réponse de sa part, je me rends dans les rues de Thiers où je rencontre Jean-Luc et sa fille Camille. En travaillant ensemble dans leur sandwicherie, ils laissent apparaître, à travers leur complicité, une relation père-fille qui fait écho à celle que je n’aurai jamais à la ferme.
Marches, pauses et écoutes le long et dans des buissons, bosquets et bois de jour et de nuit. Éprouver les sensations perçues par l’expérience du corps dans la forêt. Captation de bruits, les miens et ceux des lieux que je franchis, et du faux silence des bois. Se faire une place, la plus discrète possible. Représenter et interpréter les bois, un espace qui me touche et me plaît. Rendre hommage sans empiéter, en laissant place aux autres vivants. Observation des arbres, des plantes et des animaux sauvages qui habitent des territoires. Les bois désignent à la fois l’espace couvert d’arbres pouvant constituer une forêt, et à la fois la matière ligneuse dont les arbres sont constitués que l’espèce humaine exploite.
"Plonger" est une recherche sonore pour trouver l’eau. Au 1103, à Thiers, elle est partout. Dans les murs, la météo, omniprésente en bruit de fond, tout près, longeant l’ancienne usine. Pourtant, c’est les métaux qui s’entrechoquent et les résonances des grands espaces dont les bruits sont extraits. Comme une ballade, cet audio raconte la rivière, que l’on entend au loin, sans jamais la voir. Ce son nous happe, la curiosité l’emporte, le corps se laisse flotter, jusqu’à couler, pour étouffer le bruit assourdissant de l’eau qui tombe.
En travaillant avec le nom et le son du nom, j’utilise le mot et son aura comme un son. Le son de la chute et le son du mot qui tombe dans l’espace et se transforme en son. Je prononce le son, je nomme, je lance et j’attrape une pomme qui résonne avec l’espace de l’église Saint-Genès à Thiers.
Et le froissement de mon pantalon confirme mon mouvement.
"Il est difficile de connaître une forêt sans s’y être perdu. Le meilleur procédé pour parvenir à ce résultat, c’est de chercher des champignons." André Dhotel.
Viens te perdre avec moi. Partons chercher des champignons dans une pièce sans aucune lumière ni aucun écho, dans un espace sans repère. Raconte-moi ce que tu vois. Décris-moi un paysage, ton
préféré, celui dont l’image se construit dans tes pensées. Décris-le sans le regarder.
Projete, rêve, délire.
J’ai proposé à plusieurs personnes une expérience. Décrire leur paysage favori dans une pièce ou ils sont privés de repères, sans lumière, sans son et sans connaître la disposition de cet espace. Cette pièce sonore est un montage de ces enregistrements. Les éléments de description sont découpés puis réagencés pour recréer un nouveau paysage, d’abord liste puis récit.
Ce projet est une exploration du son comme langage alternatif pour traduire le ressenti
d’un espace et transmettre ce qui échappe à la parole. L’écoute débute par une
spatialisation générale de l’espace à travers des sons lointain et diffus. Peu à peu, les
sources se rapprochent, les textures se précisent et l’expérience bascule vers une
interprétation intime. Par le son, se fait entendre l’empreinte sensible que cet espace a
laissée en moi, mon expérience de son atmosphère.
Ceci est une tentative de donner une voix, et d’écouter ce qu’un mannequin a à nous dire. Je l’ai rencontré dans un entrepôt souterrain, recouvert de poussière. Il n’avait ni bras, ni tête, son corps portait des traces de brûlure. Non loin de lui, se tenait un mannequin féminin. Cette scène m’a donné l’envie de prêter attention a cet objet dont l’image nous fait miroir.
Je suis convaincue qu’au travers de chaque mannequin il y a une histoire, et qu’il entretient une relation singulière avec l’environnement qui l’entoure. Alors, comment observer le monde à travers sa voix ? Lui qui vit dans l’obscurité, s’ennuie-t-il ? Et qu’est-ce que cela fait de vivre dans la ville de Thiers ?
À travers son récit, l’auditeur.ice peut assembler des fragments et se faire une première image du lieu où il vit...
En Asie nature n’est pas un décor
Mais une respiration partagée avec humanité
Le paysage devient un poème silencieux
L’être humain si font dans la montagne dans la rivière
En Occident la nature se fait témoin et question
Parfois une blessure, un miroir et un crise écologique
L’art contemporain transforme la forêt en installation
La pluie en pixel
Deux monde deux regards
Un cherche l’harmonie, l’autre appelle à la réparation

Le CPACC (Centre de pratiques artistiques et culturelles contemporaines)
- la Croix de Fer est implanté dans la Vallée des usines à Thiers (63),
à proximité du centre d’art contemporain d’intérêt national, le Creux
de l’enfer.
C’est un établissement privé qui a pour vocation la
gestion d’espaces culturels et événementiels au sein d’un écosystème
reflétant les valeurs de l’art, de la créativité, du travail, de la
convivialité, de la nature et de l’innovation.
C’est un lieu accueillant, autonome et ancré dans la territoire.
La
vie du CPACC s’organise autour de la programmation d’activités
pluridisciplinaires co-construites avec les acteurs et usagers de son
écosystème, du territoire et d’ailleurs.