29.04.2026/09:3019:00
Rencontre

Rochers, Pierres & Cailloux

Une journée d’étude de l’unité de recherche Design & Création de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne

Avec le soutien du ministère de la Culture, DRAC Auvergne Rhône-Alpes.

Bloc erratique au pied du glacier de Vallonpierre, Parc National des Ecrins, 2023 © Emmanuelle Becquemin

par Sandra JacquierDate
Mercredi 29 avril 2026
9h30-19h00

Lieu
Ésad Saint-Étienne | Auditorium
Entrée libre et gratuite sur inscription

L’unité de recherche Design & Création de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne présente une journée d’étude intitulée Rochers, Pierres & Cailloux. 

L’unité de recherche Design & Création rassemble les cinq équipes de recherche de l’Ésad Saint-Étienne : laboratoire Images-Récits-Documents (IRD), laboratoire d’expérimentation des modernités (LEM), Random(lab), Spacetelling et Labo d’Objet.

Avec la participation de : 
Joan Ayrton,  Emmanuelle BecqueminColombe Boncenne, Ségolène Courant, Rodolphe Dogniaux, Adriano Duarte, Juliette Fontaine, Elen Gavillet, Karim Ghaddab, Coralie Gourguechon, David-Olivier Lartigaud, Léana Mouchès-Damian, Jean-Claude Paillasson, Émilie Perotto, Anouk Schoellkopf, Marie-Caroline Terenne

Programme

9h30: Accueil 
10h: Introduction

10h15 : Session 1 -  Espaces, fictions et corps politiques 

(modération Spacetelling)

Table ronde
avec Colombe Boncenne (
Autrice et programmatrice à la Maison de la Poésie / Scène littéraire de Paris), Emmanuelle Becquemin et Émilie Perotto


Le litho-onirisme est défini par Matthieu Freyhet, enseignant-chercheur en études culturelles, comme un outil de dérive imaginaire et de spéculation onirique autour des pierres.
Colombe Boncenne, Emmanuelle Becquemin et Émilie Perotto ont chacune eu l’occasion de rencontrer des pierres porteuses de récits qui, sans renier les poétiques du rêve qu’elles induisent, mettent en œuvre aussi une forme de violence, qu’elle soit liée à des phénomènes géologiques, des contextes climatiques ou des logiques industrielles. La table ronde sera l’occasion de discuter et d’échanger sur “ce que [leur] disent les pierres”.

Autrice et programmatrice à la Maison de la Poésie / Scène littéraire de Paris, Colombe Boncenne a porté le projet collectif  « Ici bientôt -ce que disent les pierres » dans le cadre de Mondes Nouveaux. La tempête qui s’est abattue dans les Alpes-Maritimes en octobre 2020 et a donné lieu à des inondations et des coulées de laves torrentielles dans les vallées de la Vésubie est le point de départ de la réflexion commune. La proposition artistique s’articule autour d’un conte dont l’intrigue principale se déroule à Saint-Martin Vésubie. Un événement a été créé sur place à partir de cette « soupe aux cailloux ». Cette expérience a été rassemblée dans un ouvrage (Manuella éditions, 2024). Un récit de fiction permet de décrire le paysage d’après la catastrophe, la puissance des pierres et des flux et sa réalité transitoire. Or cette réalité comprend, sans les citer directement, les productions artistiques qui ont été réalisées pendant l’événement, les fait apparaître comme des phénomènes que la population locale ne parvient pas à expliquer et dont des documents témoignent par ailleurs au fil du livre.

S’il peut être perçu comme une croyance quasi animiste, le Huldufolk, qui influence et structure la vie des Islandais, doit aussi être lu comme un être-au-monde qui dépasse la dualité nature-culture occidentale. Le « peuple caché » matérialise en effet une écologie naturelleculturelle : en assumant l’importance de ces récits, en les pratiquant au quotidien, les Islandais acceptent la force (invisible, à l’image du Huldufolk) de la nature qui, si elle est contrariée par les actions humaines, peut soudainement se manifester dans ce qu’elle a de plus extrême. La « sur-nature » est alors la nature qui exprime sa colère, devenant menaçante et dangereuse pour les humains qui se doivent de respecter l’équilibre des forces en présence sur l’île.

En 2016, Émilie Perotto était invitée par le centre d’art Moly Sabata à Sablons pour réaliser une sculpture avec l’entreprise Delmonico-Dorel, dans le cadre d’une exposition nourrie par le travail de l’ingénieur Girardon. Ses ouvrages ont permis, à la fin du XIXe siècle, de ralentir le débit de ce bras du Rhône, au pied du centre d’art. Est apparue la sculpture À cœur vaillant réalisée en granit extrait de la carrière de Saint-Julien-Molin-Molette par le formateur en taille de pierre Ghislain Bouchard (CFA de Montalieu-Varcieu).
Dix ans après son installation dans le parc de Moly Sabata, cette sculpture soulève des questionnements quant à l’industrie de la pierre et aux relations que nouent les artistes dans ces contextes de collaboration.

11h30 : Session 2- Pierres, images, récits, inscriptions et collection (Écriture et lecture des Pierres )

(modération Laboratoire IRD)

Table ronde avec Ségolène Courant (géologue, responsable des collections géologique ec.mines La Rotonde), Adriano Duarte (paysagiste), Jean-Claude Paillasson et Anouk Schoellkopf 

Dialogue Minéral rythmé par des récits et fictions des étudiant-es de  l’atelier Lithique de Juliette Fontaine et Marie-Caroline Terenne / présentations de dessins.


12h45 : Pause déjeuner


14h30 : Session 3 - Rolling Stones 

(modération LEM)

Deux conférences :

-  
La grève, la crasse et la fronde de Karim Ghaddab 
-  
Through the looking glass, and what Alice found there de Joan Ayrton (artiste et enseignante à la Villa Arson)  

Inorganiques et inanimées, les pierres sont par excellence la nature inerte de la matière. Elles sont ce que l’on foule aux pieds, mais aussi ce que l’on ramasse, ce dont on se saisit et, parfois, ce que l’on lance. Il y a, dans les mots eux-mêmes, une mémoire fossile qui ne demande qu’à ressurgir. Ici, les mots font toujours d’une pierre, deux coups : 
-         
la grève désigne un rivage caillouteux et aussi un mouvement social 
-          la crasse est le nom commun de l’ignoble et de la souillure et aussi celui des résidus de l’industrie minière 
-          la fronde est une arme de jet primitive, pour lancer une pierre, et aussi la dissidence interne d’un mouvement politique

“Présentation d’une recherche en cours nommée « Le cycle des inquiétudes » sur les liens entre la géologie, le psychédélisme et les dérives environnementales. De l’observation d’échos formels entre les pratiques artistiques émergentes et celles de deux périodes passées - les années 60-70 (l’Art psychédélique) et la dernière décennie du XIXème (l’Art nouveau) - je tente de comprendre ce qui pourrait engendrer ces similitudes en sondant ce qui caractérise les trois contextes historiques. L’hypothèse est celle de l’impact sur les écritures artistiques de moments paroxystiques d’accélérations et d’anxiétés collectives.”

15h45 : Session 4 - Design à partir de la pierre 

(modération Labo d’Objet)

Table ronde augmentée avec Léana Mouchès-Damian (designer), Elen Gavillet et Rodolphe Dogniaux 

Le laboratoire d’objet propose une approche sensible du design à partir du travail de la pierre. Animée par les designers Léana Mouchès-Damian, Elen Gavillet et Rodolphe Dogniaux, cette rencontre viendra mettre en lumière une pratique où matière, geste et expérimentation entrent dans un dialogue permanent. 

La présentation du travail de Léana Mouchès-Damian sera enrichie en direct par des réflexions et des références apportées par Elen Gavillet et Rodolphe Dogniaux au fil de l’intervention.
 

À travers ses objets sculpturaux, Léana Mouchès-Damian montrera comment la pierre, souvent perçue comme un matériau brut et immuable, offre un véritable terrain d’exploration créative. Elle abordera à la fois les enjeux techniques liés à la fabrication d’objets en pierre et les possibilités qu’elles ouvrent en termes de formes, de textures et de narration. Son propos sera ainsi commenté et enrichi par les autres intervenants. 

Cette rencontre permettra de comprendre comment le design peut révéler les qualités sensibles d’un matériau ancien, en l’inscrivant dans des pratiques contemporaines étroitement liées à l’artisanat.

17h: Session 5 - Digitalithic period 

(modération Random(Lab)) 

Conférence:  
Compter les pierres dans mon ordinateur : une perspective abyssale sur la valeur du temps de Coralie Gourguechon (designer et doctorante à l’université libre de Bozen-Bolzano )

10 mm par millions d’années : la croissance d’un nodule polymétallique, depuis les plaines abyssales du Pacifique. 3,49 GHz ou 3,49 millions de cycles par seconde : la fréquence du signal d’horloge du processeur de mon ordinateur. 

La performance d’un processeur est définie par sa vitesse de calcul, qui représente le nombre de cycles d’exécution d’une commande par seconde. Depuis l’invention du transistor, la puissance d’un CPU est exponentielle. En 1975 , l’observation empirique appelée “loi de Moore” devient un objectif industriel, dictant le rythme de l’innovation dans le secteur de l’industrie des semi-conducteurs. Cette course pour la puissance de calcul accroît simultanément la demande de ressources minière et la vitesse d’obsolescence des infrastructures techniques de notre monde virtuel. 

La projection des imaginaires technologiques produit une intrication entre le temps et la matière ; la performance d’un processeur est performative.
 

Un circuit intégré est composé d’une soixantaine de matériaux différents, dont des métaux et minéraux qui proviennent de la transformation de pierres. Avec l’accroissement de la demande en ressources minérales, l’industrie minière pourrait franchir une nouvelle frontière, celle des abysses. Les nodules polymétalliques, des concrétions dispersées sur le sol marin, ont la croissance la plus lente du monde géologique : 10 mm par million d’années. Leur extraction, à plus de 4000 mètres de profondeur, pourrait également détruire les écosystèmes qu’ils habitent.
 

Cette conférence interroge la vitesse de l’informatique au regard du temps géologique des pierres et de l’inégale valeur du temps de travail impliqué sur l’ensemble de la chaîne de production d’un circuit intégré. Elle s’intéresse à la puissance des imaginaires lithiques et à la perspective abyssale comme contre-récits à l’accélération technologique.

18h15 : Temps d’échange avec le public, questions

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