Bicyclette(s), faire des vélos

Un parcours autour de 8 thèmes

Sommaire

par Estelle Girardin

À la fois « cabinet de curiosité », pour découvrir les machines et leurs créateurs, et « atelier » où l'on décrypte le fonctionnement des bicyclettes et leurs composants, l'exposition s'articule autour de 8 thèmes :


1. Taffeur / Taffeuse

Iweech 24''S, 2022, Iweech - © DR

Le vélo a été le premier des moyens de transport mécanisé accessible dès la fin du XIXe siècle. On allait à l’école à vélo, on se rendait au travail à vélo, on livrait à vélo… Le deux-roues redevient aujourd’hui en France un moyen de transport populaire, comme c’est le cas à Copenhague au Danemark ou à Amsterdam aux Pays-Bas. C’est un mouvement général, encouragé par la mise en service du vélo partagé dans de nombreuses villes au moment où l’on cherche des solutions à de nombreux défis : climat, pollution, gestion de l’espace public. De fait, cela influence le réaménagement urbain avec la multiplication de pistes cyclables.
« Vélotaf » est un néologisme qui fait référence à la communauté de cyclistes utilisant la bicyclette pour ses trajets du domicile au travail. Le défi de l’usage du vélo pour les déplacements quotidiens dans les zones plus rurales reste à relever. Ces enjeux de mobilité décarbonée nécessitent des cycles adaptés, fiables et confortables, à l’exemple du vélo à assistance électrique (VAE), largement préféré par les femmes et utilisé en moyenne sur deux fois plus de distance. En France, un vélo vendu sur quatre est désormais électrique.


2. Transporteur / Transporteuse

Titanium MiniMax, vélo cargo, Omnium - © DR

Le vélo a toujours été mis à contribution pour transporter des humains et des marchandises, à l’exemple des vélos de boucher, de postier ou d’artisan.

À mesure que la voiture cède du terrain en ville, on compte de plus en plus d’adeptes de ces vélos cargos, autorisés sur les pistes cyclables depuis les années 1990. Plébiscités par les familles et les professionnels de la vente ambulante, ces porteurs utilitaires sont réapparus aux Pays-Bas, au Danemark, aux États-Unis ou au Japon avec le mamachari, littéralement « vélo de maman » pour transporter les enfants et les courses jusqu’à 100 kg.

Il existe différentes versions, le biporteur qui est un vélo long à deux roues comme le Long John, modèle danois apparu en 1920, le triporteur à trois roues et les allongés ou « longtail ». Selon le modèle, ils sont équipés d’un plateau de charge, d’une caisse rigide basse installée à l’avant entre la roue frontale et le guidon ou d’un porte-bagage arrière rallongé. L’assistance électrique facilite la manoeuvre de ces vélos cargos et apporte un confort indispensable pour circuler aisément au quotidien.


3. Voyageur / Voyageuse

Luguru, 2021, Pechtregon Cycles - © Magali Poulin

La France est un écrin reconnu pour le voyage à vélo avec son Club des Cent Cols ou ses randonnées mythiques comme Paris-Brest-Paris. On le doit à l’héritage de Paul de Vivie, dit Vélocio, cycliste émérite natif de Saint-Étienne, qui fit la promotion des vertus du tourisme à vélo en créant la revue Le Cycliste et le Touring Club de France dès 1889.
Depuis peu, on assiste à un renouveau de l’exploration à bicyclette que les Anglo-Saxons popularisent sous le nom de « bikepacking ». Cela concerne des cyclistes, sacoches accrochées à même leurs vélos, qui parcourent pendant plusieurs jours ou semaines des centaines de kilomètres. Cette discipline qui allie pratique sportive, dépassement de soi et aventure au grand air exige des vélos robustes, confortables, légers et efficaces sur tous les terrains. Ces vélos de voyage sont le plus souvent en acier, un matériau qui répond parfaitement aux exigences de durabilité et d’agrément de conduite.
Cette pratique a généré le renouveau d’un artisanat de qualité aux États-Unis, en Angleterre et désormais en France, illustré par le Concours de Machines organisé par l’association des artisans du cycle. Certaines des plus belles réalisations du concours sont présentées ici et constituent le laboratoire de la réintroduction de l’industrie du cycle en France et en Europe.


4. Innovateur / Innovatrice

Multipath, 2022, Ultima Mobility, © DR

Pour que les vélos évoluent et progressent, une succession d’améliorations dessine ce qui deviendra notre quotidien. Ainsi la draisienne du baron Karl Drais, la pédale de Pierre Michaud, la chaîne de John Kemp Starley aboutissent au vélocipède à roue arrière motrice et à transmission par chaîne breveté en 1879 par l’Anglais Henry John Lawson. Le vélo moderne est né. Dunlop invente le pneumatique, aussitôt perfectionné par les frères Michelin, qui figent la solution avec des pneus démontables. La roue libre de l’Allemand Ernst Sachs suit en 1894.
À la tête de sa manufacture stéphanoise de cycles, l’incontournable Paul de Vivie a largement révolutionné le vélo, en créant ou en améliorant le cadre sans raccords, le pédalier, les moyeux détachables, le cadre équiangle et, surtout, le dérailleur.
Aujourd’hui, le monde du cycle redouble de créativité pour offrir plus de confort, de performance et de sécurité. C’est l’exemple de Jean-Pierre Mercat, inventeur entre autres chez Mavic du dérailleur électronique sans fil dans les années 1990. L’arrivée de nouveaux matériaux, d’assistances électriques, de boîtes de vitesses plus performantes, l’identification de nouveaux besoins pour les mobilités quotidiennes augurent d’autres innovations pour faire progresser la pratique de la bicyclette.


5. Créateur / Créatrice

Gravel Titane, Caminade - © Geoffrey BUISAN

Le vélo est souvent une affaire de technologie et de passionnés. Il est difficile de renouveler ou de dépasser l’épure parfaite du « cadre diamant » de la bicyclette.Pour fabriquer à nouveau des vélos en Europe et en France, il va pourtant falloir faire mieux. En effet, au-delà de la technique et de la recherche de performance, les objets qui nous entourent sont régis par des formes, des symboles ou des conceptions différentes qui ouvrent le champ des possibles et permettent des ruptures. Les designers sont étonnamment absents dans l’histoire du vélo français. Pourtant, à l’exemple de Stéphane Bureaux, Antoine Fritsch, Marcelo Joulia ou Philippe Starck, des propositions existent, qui ont su identifier de nouveaux usages et repenser l’agencement des contraintes, des technologies, des fonctions, des visions, des imaginaires.Les démarches de design créent des alternatives désirables, performantes et provocantes, mais surtout des offres innovantes avec du sens, de la poésie


6. Finisseur / Finnisseuse

765 Gravel, 2019, Look Cycles - © DR

Entraîné par la mythologie du Tour de France et du Paris- Roubaix, le vélo sportif a du succès. Les pratiques sont nombreuses, Cyclosportive, Triathlon, vélo de descente tout terrain, et relèvent toujours d’une forte dimension sociale. Aujourd’hui, les formules associatives ont évolué vers des pratiques plus individuelles, souvent contre et pour soi, parfois contre des concurrents virtuels.
Participer et finir pour soi devient l’objectif de performance d’une catégorie de pratiquants, les « finisseurs », que l’on retrouve lors des grands événements cyclosportifs comme le Roc Azur, l’Eroica, ou les « Race Across France ». Ingénieurs et artisans ne cessent de relever des défis en termes de technologie et de design d’exception pour ces cyclistes en quête de résultats, amateurs ou professionnels. Inspirés par la course sur route et les épreuves de VTT, les vélos de compétition restent à la pointe, toujours plus légers et rapides, grâce à l’apparition de nouveaux matériaux, de transmissions sans fil, de freinage à disque ou du progrès des pneumatiques. De nouvelles disciplines apparaissent comme le XC cross-country, la descente ou le vélo tout chemin polyvalent nommé Gravel, mais aussi les courses virtuelles via les applications numériques et simulateurs.


7. Atelier 

Corima, une société française au savoir-faire unique dans la transformation des composites carbone issu de l’industrie aéronautique et perfectionné pour les exigences spécifiques du cyclisme de haut niveau, © Focal 77

Faire des vélos est un savoir-faire mystérieux d’assemblage de composants dont il faut assurer la cohérence, l’équilibre et la compatibilité. Leur mécanique efficace s’est reconfigurée et améliorée au fil du temps. Cadre en aluminium, en acier ou en carbone aux épures toujours plus légères : leurs rendements augmentent quand leur poids diminue. Ils sont équipés de nombreux composants toujours plus efficaces, dont le plus faible définit la performance de l’ensemble. Roues en aluminium ou en carbone, pneumatiques pour l’adhérence, le confort et la performance, dérailleur avec toujours plus de vitesses, freins, pédales et désormais boîte de vitesses, batterie ou électronique, les vélos deviennent des images de l’époque. Quasi immortels, on peut les aimer, les modifier, les réparer soi-même ou au « Bouclard » mais également les comprendre, les construire ou les reconstruire à l’infini dans l’espace mythique de l’atelier.


8. Sainté

Collection classique hybride, 2019, 1886 Cycles - © Marion Dubanchet

C’est à Saint-Étienne, en 1886, que naît avec les frères Gauthier, le premier vélo français à partir d’un modèle anglais. Les ouvriers qualifiés des métiers du fer, de l’acier et de leur transformation en armes permettent l’industrialisation rapide de la production de cycles. La Manufacture française d’armes et de cycles - future Manufrance - met au point la fameuse bicyclette Hirondelle, et son modèle « Superbe » vers 1891. Les années 1920 symbolisent l’âge d’or du vélo à Saint-Étienne, où l’on dénombre plus de 350 usines ou ateliers spécialisés à l’instar d’Automoto, Cizeron, Ravat, employant plusieurs milliers d’ouvriers.
Inventeur du cyclotourisme, le Stéphanois Paul de Vivie (1853-1930), dit « Vélocio », industriel, fondateur de la manufacture de cycles La Gauloise, donne à cette industrie sa dimension créative, philosophique et humaniste.
Dans les années 1970, le réseau de sous-traitants et fabricants de composants comme les tubes Vitus, les guidons Belleri, les pédales Lyotard, les freins CLB, les moyeux Maxi-Car ou Pélissier, les roues libres Moyne et les pédaliers Nervar ou Stronglight conforte Saint-Étienne comme capitale historique française du cycle. Son destin se perd au tournant des années 1990, sous les coups de boutoir de la concurrence asiatique et de la grande distribution, mais aussi à cause de l’éparpillement endémique des acteurs du cycle et d’une difficulté à embrasser le haut de gamme. Aujourd’hui, les pédaliers Stronglight, les roues Mach1, les boîtes de vitesses Eigear, les bicyclettes 1886 et les vélos cargos Kiffy poursuivent l’épopée du cycle à Saint-Étienne et dans la Loire.

Bicyclette(s), faire des vélosRencontre avec Jean-Louis Frechin

par Estelle Girardin


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