Entretien | Avant Biennale 2022 | Itinéraire bis

Expérimenter en milieu rural

Itinéraire bis : le Collectif Etc accompagne les habitants dans leurs projets de tiers-lieux

par Coline Vernay

Détour de France, étape à Saint-Étienne © Collectif Etc

Aviez-vous rencontré le Collectif Etc à la Cartonnerie de Saint-Étienne en 2014 alors qu’il y était en résidence ? Peut-être aviez-vous croisé son chemin lors du Détour de France pendant lequel il sillonne le territoire à vélo entre 2011 et 2012 ?
Pour le trouver aujourd’hui, il vous faudra aller dans la Drôme, où le collectif vient de décider de se mettre au vert, après 6 années à Marseille, pour continuer ses expérimentations créatives & collectives. Rencontre avec Maxence Bohn, un des membres fondateurs du groupe.

Il y a quelque temps, vous décriviez votre activité en ces termes : « rassembler des énergies autour d’une dynamique commune de questionnement de l’espace urbain ». Aujourd’hui, vous vous installez en milieu rural, pourquoi cette bifurcation ?

Il y a 5 ans, l’association Les Tracols a racheté une ancienne usine textile à Saint-Laurent-en-Royans avec pour projet de la réhabiliter pour développer leur activité sur le territoire. L’architecte qui était au départ sur ce projet nous a contacté il y a 1 an et demi pour que nous organisions des chantiers ouverts avec les occupants. En allant dans le Royans, découvrant progressivement le territoire, nous nous y sommes projetés. Après 6 ans à Marseille, on commençait à avoir envie de sortir de la ville et d’aller s’installer en milieu rural. À la fois pour développer plus intensément certaines problématiques que nous commencions à toucher du doigt, liées aux questions de la redynamisation des centres-bourgs, de l’alimentation locale, de l’utilisation des ressources forestières… Et en même temps, suite à des changements de vie familiaux : 2 membres du collectif ont eu des enfants, c’était le moment d’aller dans ce territoire avec ce projet-là. Tous, exceptée notre administratrice qui a décidé de rester à Marseille, nous sommes donc venus vivre dans ce coin. En comptant les compagnes, compagnons et amis qui se sont joints à nous, nous étions un groupe de 15 personnes environ à avoir envie de déménager.

Quels souvenirs gardez-vous de Saint-Étienne ? Cette ville vous a-t-elle influencé ?

On est arrivé à Saint-Étienne dans l’élan de notre « Détour de France », qui nous a créé en tant que groupe, avec beaucoup d'énergie et d’envies. C’étaient nos débuts, on n’était pas dans la recherche d’un salaire décent pour chaque membre, on partageait tout, dormait dans des lieux gratuits mais précaires, on voulait vraiment tout donner pour le collectif et on faisait beaucoup de choses sans compter. Aujourd’hui, on a la chance de continuer à faire des projets parce qu’ils nous plaisent et non pas dans un seul but de rentrée d’argent, mais nous nous sommes professionnalisés. La dimension économique rentre en compte et modifie nos façons de faire. Nos projets nous permettent notamment d’être tous au SMIC tout au long de l’année.
Lors de notre résidence à Saint-Étienne, on était accueilli par l’association Carton Plein, une équipe ultra locale et motivée, reconnue, dont le travail était complémentaire du nôtre : on commençait à utiliser nos outils de « chantier ouvert » qui allaient avec leurs outils de médiation, etc.

Quels sont vos projets actuels ?

On continue de travailler sur le projet « la Place des Possibles » des Tracols et dans le même esprit on accompagne au total 3 lieux différents : 3 bâtiments de 2000 à 5000 m2, 3 projets de réhabilitation portés par des assos avec des valeurs qui nous touchent. Aujourd’hui, 50 % de l’activité du collectif Etc est toujours liée aux espaces publics, avec des mairies ou des collectivités. Les 50 autres pourcents sont désormais sur cette nouvelle partie de notre activité, axée sur le développement de lieux. Il s’agit pour nous d’apporter nos outils et savoir-faire sur l’histoire, le storytelling, le chantier concret pour faire évoluer architecturalement les espaces avec nos casquettes de maîtrise d’ouvrage, de maître d’œuvre, d’artisans, d’organisateurs… 

Nous cherchons aujourd’hui à développer des liens avec les écoles d’art, d’urbanisme, de design, d’architecture etc. Car ces lieux sont des terrains fertiles pour les étudiants en termes de projets politiques et sociaux. Selon nous, ils apportent des éléments de réponse aux grandes crises actuelles dans le monde (sociale, écologique, économique). Notre volonté est de faire venir les étudiants pour qu’ils puissent aussi être acteurs et apporter leurs forces aux projets. Lorsque beaucoup de gens se concentrent pendant 1 ou 2 semaines, cela fait des étincelles.

Un de ces lieux est situé tout près, à la Baume-d’Hostun. C’est un ancien couvent avec un parc de 7 hectares qui a été longtemps centre de soin tout en restant la propriété de sœurs. La vétusté a poussé au déménagement du centre de soin. Les sœurs souhaitaient vendre et « Le chalutier », une asso locale dans laquelle la maire est elle-même investie, a proposé une occupation temporaire pendant 3 ans des lieux, avec l’idée de faire une offre pour acheter les murs à la fin de cette période. C’est le tout début, mais il s’agit de rendre vivant, actif ce lieu, en accompagnant l’association sur la programmation, les coûts, la gouvernance… Nous allons aussi installer le bureau du Collectif Etc dans ce bâtiment, qui devrait à terme accueillir une cinquantaine de personnes.

Le 3e projet est au Col de la Machine à Saint-Jean en Royans. Il s’agit d’un ancien Hôtel-Restaurant, installé sur un belvédère naturel. L’association Quartier Libre désire s’y installer pour promouvoir le bivouac montagnard comme mode de tourisme alternatif, inspiré par l’idée de « micro-aventures » d’Alastair Humphreys, en proposant une offre de camping abordable sur place, de la restauration locale, des événements culturels… Pour développer leurs projets, ils sont accompagnés par la foncière rurale Villages Vivants, et par notre collectif Etc pour la signalétique, l’offre, la création de petites architectures sur place (avec du bois local, du réemploi…).

Votre intérêt se porte de plus en plus vers les tiers-lieux et les projets portés par la société civile ?

La mouvance des tiers-lieux est très à la mode en ce moment, le gouvernement en appuie le développement. Nous, nous avons commencé à nous intéresser au sujet depuis 2 ans environ, et aujourd’hui, il faut qu’on se positionne par rapport à certaines pratiques qui nous semblent contestables. 

Pour nous, et c’est vraiment important, les projets sur lesquels on intervient sont d’abord portés par des communautés locales. Ils naissent d’un besoin concret des acteurs du territoire qui s’organisent, qui trouvent le lieu et c’est à ce moment-là qu’on arrive pour les aider. On peut aussi accompagner pour l’écriture du projet, le dépôt des dossiers, etc.  Mais nous ne débarquons pas pour créer un lieu comme ça de nulle part, avec un discours sur le rayonnement sur le territoire, « l’effet levier », etc. On ne fait qu’appuyer des envies locales, et oui, en lien direct avec la société civile.

Architectures, ateliers, événements, dispositifs démocratiques expérimentaux… Suivez les aventures du collectif Etc dans le Royans et ailleurs sur leur site.www.collectifetc.com

par Coline Vernay


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