Entretien | Magazine | Biennale 2022

La Biennale vue par... Hicham Lahlou

par Coline VernayColine Vernay

Figure incontournable du design, acteur du « soft power » franco-marocain et plus largement africain (Envoyé Spécial et Conseiller pour les Régions Mena et l'Afrique du Président M. David Kusuma 2022-2023 de la World Design Organization ), Hicham Lahlou a fait ses premiers pas avec la Biennale, en 2000.
En 2022, il revient à Saint-Étienne pour la 12e édition, et la signature d’une convention de partenariat entre l’Esadse et l’Africa Design Academy, dont il est le co-fondateur. L’occasion d’évoquer ses souvenirs, recueillir ses impressions sur l’édition en cours, et d’envisager l’avenir.

Hicham Lahlou ©Cité du Design

Une de vos créations est présentée dans l’exposition « Singulier Plurielles », quel effet cela vous fait de revenir à Saint-Etienne ?

Je voulais découvrir l’objet comme tout le monde, alors j’ai attendu de participer à une visite guidée par le commissaire, Franck Houndégla. Nous nous connaissons depuis 20 ans, comme Cheick Diallo qui est lui aussi exposé. D’ailleurs, c’est à la Biennale que je l’ai rencontré. Depuis, on est amis. Quand j’ai lancé l’initiative Africa Design Days/Award en 2014, j'ai re-contacté Cheick pour qu’il m’appuie, qu’il m’aide. C’est un exemple de la façon dont la Biennale Internationale Design Saint-Etienne a contribué à l’essor du design africain, en permettant du networking. J’ai gardé des liens avec les personnes que j’y ai rencontrées, avec qui il y a eu des affinités. Au bout d’un moment, on les active et on voit si ça peut donner quelque chose.

Vous êtes plus qu’un habitué, un fidèle de la Biennale ! Quelle est votre actuelle relation à celle-ci ?

Je suis impressionné par la réhabilitation de la Cité du Design, et par la montée en puissance de la Biennale.
L’Afrique est à l’honneur de cette édition. C’est un projet du président de la République française, la réconciliation de la France avec son histoire africaine ; aujourd’hui, on veut co-valoriser l’Afrique, la montrer sous ses meilleurs hospices. C’est le but de la manœuvre, que je perçois comme je suis très actif dans le soft power, la diplomatie parallèle, etc. On s’est mis à plusieurs pour sensibiliser à l’idée de mettre le continent africain en avant. Cela mériterait que ce soit encore plus poussé. Le Pritzker Prize 2022 a été remis à Diébédo Francis Kéré, l'architecte de talent burkinabais, ce n’est pas n’importe qui, le premier africain à recevoir ce prix. Les yeux vont de plus en plus vers cette partie du monde où il y a de fortes croissances économiques - contrairement à ce qu’on peut croire en écoutant la TV - il n’y a pas que des choses négatives. Ce n’est pas une Afrique mais des Afriques, qui n’ont rien à voir : différentes langues, gastronomies, artisanats, modes, design,  ethnies…. Il y a 2200 langues ! Multiplier les échanges avec différentes parties de ce continent est intéressant en termes d’anthropologie, de recherches, d’études…
Le design contribue au soft power, c’est même le meilleur moyen. Dans le focus groupe avec lequel j’ai été convié cette année, il y a 13 pays invités. Nous sommes tous d’horizons très divers, mais on a le même langage : celui du design (des industries culturelles peut-être). Nous sommes là pour cet intérêt commun : le design. Il y a une culture universelle du design, des pratiques qui sont les mêmes. Après, c’est l’interaction qu’on a avec la culture d’où on vient, qui fait qu’il y a des différences, des identités qui font qu’on peut bien sûr percevoir les choses d’une manière différente.
L’ADN de la Biennale, la démarche qu’elle a initiée depuis 1998, est un regard porté sur l’international. C’est extraordinaire, il y a tout pour monter en puissance.

Comment envisagez-vous le futur de la Cité du Design ?

La future Galerie nationale du design (projet Cité 2025) ouvre de belles perspectives. La Cité du design peut être un vrai phare. Intrinsèquement, son histoire est liée à un design mondial, pas que franco-français. Les designers binationaux comme moi sont aussi représentants du design made in France (je collabore notamment avec Daum, avec LipHaviland...). La plupart ont fait leurs études en France, leurs parcours les ont fait passer par la France et notamment par Saint-Étienne !
Aucun musée de Design en France ne parle de ce qui se passe à l’international. C’est là que le projet de Saint-Étienne est de valeur. Ici, au début des années 2000, j’ai vu des designers de Mongolie, même d’Afghanistan, c’était incroyable, c’était le seul moyen de savoir que ça existait. Jacques Bonnaval voulait faire un travail d’anthropologue : ramener tous ces designers, les exposer, permettre une analyse située. Saint-Étienne est une ville de brassage des cultures, énormément d’ouvriers sont venus d’Afrique du Nord, du Portugal, d’Italie… pour les mines, les usines, c’est une ville métissée, il faut aussi garder ce côté. Surtout aujourd’hui où le néonationalisme gagne du terrain dans le monde entier. 

 Le design peut être un vecteur de dialogue, de partage, de fraternité, de co-valorisation. Dans ce pays de l’humanisme, de la déclaration des Droits de l’Homme, pourquoi ne pas parler aujourd’hui de « design for peace », pour l’amour ? La création ce n’est que de l’amour. 

Hicham Lahlou

par Coline VernayColine Vernay


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