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Que lire quand tout s’arrête ?

Livres à partager : les livres compagnons de L’An 01

par Vincent Gobber

Dans l’utopie de l’An 01, toute la société s’arrête, afin de prendre le temps de réfléchir à comment vivre mieux. Cette période de pause, à durée indéterminée, est notamment l’occasion de lire, s’instruire, nourrir la réflexion. Quelles lectures recommanderait le philosophe Jérôme Lèbre dans un tel contexte ?

Immobiliser le capitalisme, une utopie des années 70 ?Entretien avec Jérôme Lèbre

Livres à partager

Tao Té King
Le Lao-Tseu
Traduction de Guy Massat et Arthur Rivas
L’Harmattan – coll. Poètes des cinq continents, 2016

« Nous pouvons commencer avec un petit tour par Lao Tseu et le taoïsme. Il y a désormais d’excellentes traductions. Ce qui s’appelle non-action, qu’on ne peut pas vraiment traduire, est le contraire d’une action pas réfléchie. C’est un mode de disponibilité vis-à-vis du monde, vis-à-vis de ce qui advient. Il ne faut pas forcer les choses pour attendre une idée. De la même manière, on accède au monde que si on le laisse venir, si on le laisse être. »

Tao Té King, Le Lao-Tseu © L’Harmattan, 2016

Accélération
Hartmut Rosa
Traduction de Didier Renault
La Découverte – coll. Poche, 2013

« Le fameux classique sur l’accélération, qui nous donne beaucoup à réfléchir sur ce que sont devenues nos sociétés. »

Accélération, Hartmut Rosa © La Découverte, 2013

Jean Tinguely Mengele Danse macabre
Musée Tinguely
Kehrer, 2017

« Des livres d’Art, notamment sur l’œuvre de Jean Tinguely. Globalement, ça vaut la peine de se replonger dans des catalogues de peintures, de sculptures, photographies, pour voir comment le sens renaît de ce point de vue là.
Ce que j’aime beaucoup dans Tinguely est qu’il met des machines en mouvement, mais que le mouvement est sur place, parce que les machines ne bougent pas, elles restent au même endroit. Il a toujours fait varier ce rapport entre le mouvement et l’immobilité, quitte à faire des peintures de ces machines, où elles sont immobilisées. L’artiste disait lui-même que c’était indifférent si ces machines bougeaient ou non. Il a écrit un petit manifeste Für Statik (Pour la Statique), et finalement c’est le même slogan que celui de l’An 01 « soyez statique ». Il me semble que c’est ce manifeste qu’il a jeté au-dessus de Düsseldorf en avion. C’est l’inverse du manifeste futuriste qui est pour le mouvement, qui montre aussi à quel point le mouvement est violent, parce que c’est à la fois la vitesse, avec en même temps l’accident, la mort. »

Jean Tinguely Mengele Danse macabre © Musée Tinguely – Kehrer, 2017

Vitesse et Politique
Paul Virilo

Galilée, 1977

« Paul Virilio décrit cette logique de la vitesse qui nous emporte tous. Il tient compte du fait que la vitesse peut se transformer très rapidement en immobilité : de manière brutale dans l’accident, ou alors parce qu’elle implique un mouvement qui est de plus en plus virtuel (le paysage qui défile à travers la fenêtre). De la même manière, avec le développement de l’informatique, nous sommes de plus en plus immobiles. Il dit à juste titre que les télécommandes de télévisions, qui avaient été à l’origine inventées pour les handicapés qui ne pouvaient pas bouger, sont finalement devenues des objets commerciaux pour tout le monde, comme si personne ne pouvait bouger, ce qui nous immobilise de manière un petit peu absurde. Ça ne sert à rien, mais ça s’est répandu comme une traînée de poudre, parce que toute forme de mouvement a tendance à nous immobiliser complètement. Il y a des formes d’immobilités qui sont parfois politiques, positives, contestataires, et parfois l’immobilité est extrêmement difficile à vivre. C’est souvent les deux en même temps. Quelqu’un comme Proust, qui était la plupart du temps couché, ça a donné À la recherche du temps perdu. Pour pouvoir lire des livres immenses comme ça, il faut pouvoir s’arrêter. C’est une bonne manière de s’inscrire dans une autre temporalité de lire ainsi. »

Vitesse et Politique, Paul Virilo © Galilée, 1977

Biographie
Jérôme Lèbre est professeur de philosophie en classes préparatoires et membre du Collège international de philosophie.

Ouvrages récents
Scandales et démocratie (Desclée de Brouwer, 2019)
Signaux sensibles, avec Jean-Luc Nancy (Bayard, 2017)
L’Éloge de l’immobilité (Desclée de Brouwer, 2018)

Jérôme Lèbre, L’Éloge de l’immobilité © Desclée de Brouwer, 2018

par Vincent Gobber


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